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Le butor étoilé, le boeuf des marais

mardi 24 mai 2016 par Laura

Article tiré de la lettre d’information n°12, disponible au format PDF dans la rubrique lettres d’information

À partir du mois de mars on peut entendre en Camargue un mugissement dans le lointain. Émis de manière régulière, plus fréquemment au lever du jour et au crépuscule, ce son étrange est produit par le mâle de Butor étoilé. Ce héron assez trapu est un as du mimétisme, ce qui rend son observation particulièrement difficile. Les plus chanceux et les plus attentifs, qui le détecteront au bord d’une roubine ou dans une touffe de roseaux à l’affût ou en train de prendre le soleil d’hiver, auront tout le loisir de détailler à quel point son plumage lui permet de se camoufler dans la végétation, et notamment les roseaux secs. Il faut prendre garde à ne pas le confondre avec le Bihoreau gris, qui est plus petit et dont le plumage est bien différent, même si les juvéniles ou les immatures sont dotés de mouchetures sur leur plumage. La différenciation avec le Blongios nain (appelé parfois aussi Butor blongios) est beaucoup plus aisée, le Blongios étant bien plus petit.

Il semble que le chant du mâle soit à l’origine de son nom. Butor étoilé, Botaurus stellaris en latin, serait dérivé de "bœuf" et de "taureau", ce qui lui vaut également l’appellation de "Bœuf des marais". Le célèbre ornithologue Paul Géroudet n’hésitait pas à le comparer à un fantôme, tant il est capable de disparaître si facilement dans la végétation. Le Butor étoilé présente la particularité d’être polygame, un mâle pouvant ainsi avoir plusieurs femelles qui nichent à proximité du lieu où il est cantonné. Ces dernières assurent la construction, l’incubation et l’élevage des jeunes. Le nid est situé juste au-dessus de l’eau sur une petite plate-forme de roseaux, où sont pondus trois à six œufs d’avril à mai. Le fait que seule la femelle assure la reproduction entraîne des risques pour le nid, puisqu’elle doit le laisser sans surveillance lorsqu’elle va s’alimenter. Les jeunes commencent à quitter le nid dès l’âge de 15 jours, comportement qui permet probablement de limiter les risques de prédation par les corneilles ou le Busard des roseaux. Les jeunes deviennent volants au bout de deux mois et quittent assez rapidement la roselière où ils sont nés. Comme la plupart des hérons, le Butor étoilé a un régime alimentaire varié et va souvent consommer les proies les plus accessibles et les plus abondantes. Poissons, amphibiens, écrevisses et insectes aquatiques figurent à son menu, en proportions variables selon les saisons.

Avec moins de 300 mâles chanteurs recensés lors du dernier dénombrement national, le Butor figure parmi les espèces les plus menacées. Les roselières du delta du Rhône et les marais de Crau constituent le bastion de l’espèce en France, avec parfois plus de la moitié de la population nationale. Les principales causes de régression sont la disparition ou le mauvais état de conservation des roselières. En Camargue il peut s’accommoder de roselières exploitées pour la sagne dès lors que des îlots de vieux roseaux subsistent après la coupe (qui doit intervenir avant le mois de mars) et que le niveau d’eau atteigne au moins 20 à 30 cm. Compte tenu de la situation, un Plan National d’Actions a été mis en place par le Ministère en charge de l’écologie de 2008 à 2012 afin d’essayer de favoriser l’espèce, avec l’objectif de revenir à un effectif national de 500 mâles chanteurs à l’horizon 2023. En Basse Provence l’espèce est présente tout au long de l’année, avec de nombreux oiseaux qui viennent hiverner. À partir du mois de mars, une partie des individus commencent à chanter tandis que d’autres quittent la région au crépuscule, en groupes pouvant parfois compter plus d’une dizaine d’oiseaux. Ces migrateurs rejoignent leurs zones de reproduction situées en Europe du Nord et de l’Est.

Pour tenter d’observer ce héron, ou tout au moins l’entendre de mars à juin, nous vous conseillons de vous rendre sur la Réserve naturelle des Marais du Vigueirat à Mas Thibert ou au Centre du Scamandre à Gallician, où un sentier dédié à l’espèce a été aménagé il y a quelques années.

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