Le projet en détails

Un projet qui méprise notre territoire

 

 

Porté par RTE, gestionnaire de transport d’électricité, le projet consiste à créer d’ici 2028 une ligne aérienne de 400 000 volts entre le poste électrique de Feuillane, dans la zone industrialo-portuaire de Fos-sur-Mer, et celui de Jonquières-Saint-Vincent, dans le Gard.
D’une longueur de 65 kms et constitué de 180 pylônes, dont certains pourraient culminer à plus de 60 mètres de haut, cette nouvelle ligne THT vise à décarboner la zone industrialo-portuaire de Fos-sur-Mer, qui est aujourd’hui l’un des sites les plus émetteurs de CO2 de France. Il s’agit également d’apporter le volume d’électricité nécessaire pour nouveaux projets industriels « verts » de Fos.
Autant d’arguments qui, à l’heure de la nécessaire transition énergétique, ne laissent pas indifférent.

 

Les besoins électriques pour cette ambition sont chiffrés par l’entreprise Réseau de Transport d’Electricité (RTE) à près de 6 Gigawatt. Pour cela l’Etat propose, via RTE, d’amener sur le territoire de Fos-Berre plus d’électricité par de nouvelles lignes électriques aériennes THT en provenance de la vallée du Rhône. Nous ne sommes pas opposés à la décarbonation de la zone de Fos-sur-Mer.

 

 

Situation actuelle

 

La capacité actuelle d’alimentation électrique de la zone industrialo portuaire de Fos-sur-Mer avec des lignes 225.000 volts existantes est de 1,5 GW. Elle s’appuie sur :

  • La capacité de transport du réseau RTE ;
  • Le soutien en sécurité des 3 centrales à cycle combiné au gaz Combigolfe, Ponteau et Cycofos.

 

Le réaménagement prévu par RTE de lignes existantes et notamment le passage en 400.000 volts du poste de Roquerousse (Salon-de-Provence) permettra d’apporter 1,2 GW supplémentaires. La capacité actuelle passera donc à un total de 2.7 GW (1.5 GW de capacité + 1.2 GW de réaménagement).

 

Besoins annoncés par RTE

 

Les besoins estimés pour 2030 sont de l’ordre de 4 GW et pour 2050 de l’ordre de 7 GW décomposés comme suit :

• 1 200 MW concernent la décarbonation de l’industrie existante
• 2 000 MW concernent la réindustrialisation
• 1 900 MW concernent le développement de la filière hydrogène
• 1200 MW pour les data centers et supercalculateurs d’intelligence artificielle (IA)
• 500 MW pour la mobilité électrique (connexion des navires et des avions en escale, transports publics, bornes de recharge…)
• 200 MW pour l’aménagement urbain et les hôpitaux

 

 

Initialement présenté pour décarboner la zone industrielle de Fos, on s’aperçoit que la décarbonation de l’industrie existante ne représente finalement que 17% des besoins estimés, soit autant que les data center ! En cumulant la décarbonation de la mobilité et des besoins urbains, seuls 1900 MW sont nécessaires. Soit moins que ce qui est prévu pour la réindustrialisation !

 

La réelle décarbonation de l’existant et des transports régionaux ne représente même pas un tiers des demandes de raccordement. Dès lors, il est légitime de se poser la question, est-on sur un mensonge pour justifier cette ligne THT ? Elle n’est nullement pour décarboner, mais pour faire venir de nouvelles industries, soit à la technologie immature (hydrogène), soit à l’état de start-up. Bref, de l’hypothétique et de la fuite en avant technologique. Et pour cela, l’État est prêt à sacrifier les territoires de Camargue, de Crau et de Terre d’Argence, reconnus pour leur biodiversité exceptionnelle, leurs paysages et leurs agricultures. Nous ne pouvons qu’être contre ce projet de ligne THT, qui ne ferait que détruire et broyer : détruire du vivant et broyer de l’humain.

 

Le projet de ligne à THT traverserait une partie du Parc naturel régional de Camargue, la Réserve naturelle nationale des Coussouls de Crau et des zones classées Natura 2000. La Camargue compte plus de 350 espèces d’oiseaux, dont de nombreuses espèces qui seraient susceptibles d’être victimes de cette infrastructure électrique par un risque de collision important. De nombreuses espèces de grande taille fréquente assidument ce territoire : rapaces, hérons, aigrettes, cigognes, grues, sans oublier l’emblématique Flamant rose.

 

 

Le tracé envisagé traverse des secteurs présentant des enjeux de conservation importants pour plusieurs espèces d’oiseaux menacées d’importance nationale. Le fuseau dit « de moindre impact » définit par RTE recoupe le domaine vital, les voies de migration ou de dispersion des juvéniles, ainsi que l’aire de distribution de cinq espèces d’avifaune menacées faisant l’objet d’un Plan national d’actions : Aigle de Bonelli, Faucon crécerellette, Outarde canepetière, Ganga cata et Alouette calandre. Ces espèces sont toutes visées à l’annexe I de la directive Oiseaux de la Commission européenne, à l’annexe II de la Convention de Berne et quatre d’entre elles sont visées par l’arrêté du 9 juillet 1999 fixant la liste des espèces de vertébrés protégées menacées d’extinction en France et dont l’aire de répartition excède le territoire d’un département, en application de l’article R.411-8-1 du Code de l’environnement définissant les espèces de compétence ministérielle.

 

Le Ganga cata est une espèce considérée comme étant « en danger critique d’extinction »  sur la liste rouge des oiseaux nicheurs de France métropolitaine. L’Alouette calandre est quant à elle considérée comme étant « en danger d’extinction » au niveau national. L’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) indique de plus une tendance à la baisse des effectifs mondiaux d’Alouette calandre. Aujourd’hui, les populations françaises nicheuses de ces deux espèces se concentrent exclusivement en Crau.

 

La réalisation de la ligne THT par voie aérienne, y compris à l’intérieur du fuseau de moindre impact, aura des risques significatifs et non évitables de dégradation de l’état de conservation des populations de ces espèces.

 

 

La Camargue, la Crau ou la Terre d’Argence sont également des territoires où certaines espèces font l’objet de programmes de conservation sur d’autres parties du globe. Par exemple, la Grue cendrée fait l’objet de mesure de protection sur ces principaux sites de nidification en Suède et vient hiverner en Camargue. Mais que deviendraient ces programmes de protection à l’international si les oiseaux viennent en Camargue percuter la ligne THT et ses 20 câbles ? Le sujet de la ligne à THT n’est pas uniquement un sujet camarguais, mais un sujet national voire international.

 

Une solution alternative a été proposée par le collectif Stop THT 13-30, laquelle repose sur un tracé enterré sur une distance de 53 km contre 65 km pour RTE, à 96 % sur des terrains publics, le long de remblais, des bords de digues et de routes et comprenant une partie ensouillée dans le Rhône à Arles.

En considérant de manière exclusive que les contraintes de délais et de coûts sont primordiales dans la cadre du projet de ligne 400.000 volts, l’État souhaite décarboner vite et pas cher, dans le mépris total de l’environnement et la biodiversité.

La nécessaire transition énergétique de notre société et de nos industries ne peut pas se faire au détriment de la biodiversité. L’État et RTE doivent revoir leur copie

 

Sous prétexte de décarbonation et d’économies “vertes” le modèle consumériste et productiviste dans lequel nous sommes n’a pas été débattu dans les moments de concertations et de débats ouverts pour ce projet. Cette ligne THT s’appuie toujours sur le même logiciel obsolète et dépassé qui nous mène en permanence dans des crises sociales et environnementales. Pourtant, quelques années après une pandémie mondiale mettant nos économies à l’arrêt, débattre de la sobriété et de nos modes de productions aurait dû être une porte d’entrée de ce projet. Malheureusement, services de l’État et industriels sont main dans la main pour promouvoir des projets industriels avec comme seules préoccupations la compétitivité ou l’attractivité économique de la région, voire de la France. Faisant fi des questions environnementales, sociales ou agricoles.

 

 

Sans nature, pas de futur