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Bilan du comptage des oiseaux sur le tracé THT 25/01/2026

Fin janvier, l’association Nature et Citoyenneté Crau Camargue Alpilles (NACICCA), membre du collectif Stop THT, a organisé un nouveau comptage d’oiseaux au sein du fuseau de la ligne THT, qualifié par RTE de « moindre impact » (FMI).

 

Pour rappel, le projet de ligne à THT traverserait le Parc naturel régional de Camargue, la Réserve naturelle nationale des Coussouls de Crau et quatre zones classées Natura 2000. La Camargue compte plus de 350 espèces d’oiseaux, dont de nombreuses espèces qui seraient susceptibles d’être victimes de cette infrastructure électrique par un risque de collision important.

 

Ces impacts concernent en particulier des espèces protégées et menacées, bénéficiant de plans nationaux d’actions (PNA) comme l’Outarde canepetière, le Ganga cata, l’Aigle de Bonelli, le Butor étoilé, ainsi que de nombreuses autres espèces de gros oiseaux rares ou emblématiques de la Camargue telles que le Flamant rose, la Grue cendrée, la Spatule blanche, la Cigogne blanche ou les rapaces.

 

 

 

L’objectif de cette opération était de mettre en évidence les déplacements quotidiens et incessants des grands oiseaux en Terre d’Argence, en Camargue et en Crau. Ces comptages sont avant tout symboliques et ne sont pas censés être une base scientifique pour contrer le projet. Néanmoins, cette opération et ses résultats ont vocation à sensibiliser et montrer l’absurdité du projet de RTE.

 

Nous rappelons que les critères de choix du « fuseau à moindre impact » n’ont été ni présentés ni argumentés, de même qu’ aucune étude d’impact n’a été présenté lors de la concertation « Fontaine » ou lors du débat public « Fos Berre Provence – un avenir industriel en débat ».

 

Le 25 janvier, nous étions près de 70 observatrices et observateurs répartis le long de 19 points couvrant une bonne partie du FMI, de Beaucaire aux portes de la Crau.

 

 

 

 

De 7h30 à 11h, ce sont plus de 17 800 oiseaux de 24 espèces différentes qui ont été recensé, traversant le fameux fuseau de « moindre impact ».

 

A noter encore plus de 6200 Grues cendrées, 2300 Flamants roses, 137 Outardes canepetières.

 

Au fil de ces quatre opérations de comptage (3h30 de suivi à chaque fois), en retenant 32 espèces de grande taille, nous avons recensé respectivement 13 100, 23 690, 16 084 et 17 809 oiseaux, au sein du fuseau de « moindre impact ». Ces opérations ont bien réussi à mettre en évidence le très haut niveau de fréquentation de ce territoire par ces espèces.

 

 

 

Il est à noter encore une fois les gros effectifs de Grue cendrée de la plaine de Beaucaire au Plan-du-Bourg. Des effectifs importants de Milan royal ont été recensés en Terre d’Argence et en tête de Camargue. Sur l’ensemble des points, les espèces de la famille des hérons sont représentées, tout comme de nombreux rapaces. Les Outardes canepetières restent nombreuses en Terre d’Argence.

 

Il est à noter que les conditions météorologiques défavorables les jours précédents ont sans doute influer la distribution de certaines espèces.

 

Les données collectées sont publiques et seront transmises au Muséum National d’Histoire Naturelle, qui centralise les données naturalistes en France.

 

 

Résultats bruts

 

Espèce 25 janvier 2026
Grue cendrée 6281
Goéland leucophée 6097
Flamant rose 2300
Vanneau huppé 862
Ibis falcinelle 610
Mouette rieuse 445
Grand Cormoran 422
Cigogne blanche 195
Héron garde-bœufs 178
Outarde canepetière 137
Aigrette garzette 42
Buse variable 42
Milan royal 37
Mouette mélanocéphale 33
Héron cendré 26
Cygne tuberculé 22
Grande aigrette 22
Faucon crécerelle 21
Busard des roseaux 12
Busard Saint-Martin 8
Faucon émerillon 7
Épervier d’Europe 6
Corbeau freux 2
Faucon pèlerin 2
TOTAL général 17809

Acte 4 ! Grand comptage des oiseaux menacés par la ligne THT

Nous vous invitons à rejoindre les bénévoles de l’association Nacicca le dimanche 25 janvier 2026 de 7h30 à 11h pour un grand comptage des oiseaux emblématiques de notre territoire et menacés par la ligne aérienne THT 400 000 volts.

 

 

L’objectif de cette opération est de mettre en évidence les déplacements quotidiens et incessants des grands oiseaux en Terre d’Argence, en Camargue et en Crau en particulier sur le périmètre du fuseau dit « de moindre impact » élaboré par RTE, afin de montrer le risque de collision des oiseaux avec l’infrastructure THT. L’opération est ouverte à toutes et tous.

 

Le protocole est le suivant : • Un ornithologue confirmé par point d’observation; • Un point fixe d’observation de 7h30 à 11h, les équipes ne changent pas de point et ne se déplacent pas; • Il s’agit de relever les présences (espèce et nombre) des oiseaux en vol dans un périmètre donné, correspondant à un morceau du fuseau, selon une carte à disposition; • Espèces cibles : Grue cendrée, Flamant rose, Cigogne blanche, Cygne tuberculé, Oie cendrée, Héron cendré, Grande aigrette, Aigle de Bonelli, Buse variable, Milan royal, Busard des roseaux, Busard St-Martin, autre gros rapaces, Outarde canepetière, Ganga cata, etc;

 

A l’issue du comptage, nous nous retrouverons pour un débrief et un point presse aux tables de pique-nique située au bord du Rhône derrière le Musée Départemental de l’Arles Antique à partir de 11h15. La rencontre sera suivie d’un pot de l’amitié et d’un pique-nique tiré du sac.

 

Si vous êtes ornithologue, contactez-nous à contact@nacicca.org et nous vous indiquerons où votre aide sera la plus utile.

Si vous voulez participer comme accompagnant, nous vous proposons de rejoindre directement le point de votre choix.

 

4 secteurs identifiés : Trouvez le point le plus proche de chez vous dans le secteur 1 au Nord d’Arles (ouvrez la carte dans un nouvel onglet pour zoomer)

 

Trouvez-le point le plus proche de chez vous dans le secteur 2 à l’ouest d’Arles (ouvrez la carte dans un nouvel onglet pour zoomer)

 

Trouvez le point le plus proche de chez vous dans le secteur 3 au sud-ouest d’Arles, de part et d’autre du Rhône (ouvrez la carte dans un nouvel onglet pour zoomer)

 

Trouvez le point le plus proche de chez vous dans le secteur 4 des Marais du Vigueirat et de la Crau (ouvrez la carte dans un nouvel onglet pour zoomer)

  Pour nous rejoindre : contact@nacicca.org

Les raisons de notre opposition au projet d’Autoroute en Camargue

Fin de l’enquête publique !

L’enquête publique préalable à la déclaration d’utilité publique du contournement autoroutier d’Arles s’est terminé le 2 janvier dernier.

 

Nous vous partageons notre contribution.

 

Préambule

 

L’association “Nature et citoyenneté Crau Camargue Alpilles”, NACICCA, est une association agréée de protection de l’environnement dans les Bouches du Rhône, fondée en mars 2007.Elle a pour vocation de protéger et défendre le patrimoine naturel et la qualité de vie liée à l’environnement des habitants de Camargue, de Crau et des Alpilles. A ce titre, elle suit l’évolution de ce dossier depuis sa création.

 

NACICCA s’oppose à ce projet d’autoroute. Nous pensons que les problèmes des habitantes et habitants du Pays d’Arles (pollution, risque d’accident, congestion routière associé à la saturation de la RN113) ne seront pas résolus par ce projet, comme le démontre la lecture du dossier d’étude d’Impact et l’avis de l’autorité environnementale. Dès lors, comment accepter qu’il faille détruire des écosystèmes et des milieux irremplaçables comme les laurons et les marais tourbeux de Raphèle, ainsi que toutes les espèces protégées qui les peuplent recensées sur l’emprise du projet.

Notre association est en outre extrêmement préoccupée par les impacts sociaux et économiques négatifs de ce projet (destruction d’un tissu d’exploitations agricoles, etc…).

 

Le dossier présenté pour l’enquête publique n’offre aucune des garanties attendues dans le cadre d’un tel projet :
1. Pas d’amélioration des conditions de vie des arlésiennes et arlésiens (augmentation du trafic dans les centres villes d’Arles et de Saint-Martin-de-Crau du fait du report);
2. Neutralité carbone du projet à 2030 non démontrée;
3. Zéro artificialisation nette impossible du fait de la faiblesse des mesures compensatoires disponibles.

 

Nous détaillons ci-dessous les raisons de notre opposition. Notre contribution va tout d’abord aborder les différents objectifs et lignes directrices du projet, mentionnés page 10 de la notice explicative du dossier.

 

Analyse des objectifs du projet

 

 

L’objectif premier du contournement, si l’on en croit la numération des objectifs, est de “contribuer à un réseau de transport national et européen fiable (…) au bénéfice de la connectivité multimodale des pôles économiques régionaux”. C’est bien l’objectif de tout projet autoroutier de favoriser les déplacements longue distance en fournissant des infrastructures adéquates. Cette autoroute vise à remplacer une voie rapide à 2*2 voies (RN 113) par une autre infrastructure à 2*2 voies, voire 2*3 voies sur une courte section, aux normes autoroutières. Nous considérons que le projet réalise cet objectif. Il s’inscrit dans la lignée des projets autoroutiers de Fos-Salon et de Martigues/Port-de-Bouc, afin de favoriser le passage de marchandises depuis et vers la zone industrialo-portuaire de Fos-sur-Mer. Toutefois la création de ces barreaux autoroutiers supplémentaires va favoriser le fret routier au détriment du fret ferroviaire et fluvial.
Au XXIe siècle, au vu des crises climatiques et de la biodiversité et des engagements de la France, on aurait attendu des pouvoirs publics et des élus locaux une vision un peu plus inspirée que ce choix d’infrastructures issu d’un logiciel proche de celui des “trente glorieuses”.

 

 

L’objectif n°2 est “d’améliorer les déplacements du quotidien et la sécurité des usagers locaux.”. Le trafic sur la RN113 au droit du pont sur le Rhône est régulièrement considéré comme le chiffre faisant foi. Dans l’étude de trafic du CEREMA fournie dans le dossier, la situation actuelle est définie par le niveau de service du réseau à l’année 2017. Le trafic était estimé à 74 700 veh/jour dont 10% de poids-lourds. On peut distinguer deux types de trafic sur la RN113, le transit (environ 43 000 veh/jour) et les échanges locaux (environ 32 000veh/jour). Il est à noter que la DIRMED, gestionnaire de cet axe routier, dans un comptage réalisé en juin 2024, obtient un trafic moyen journalier de 71 070 veh/jour.
En situation de projet, contournement + requalification basique de la RN113 en 2*1 voies, les projections de trafic présentées page 106 du dossier sont particulièrement parlantes pour l’évolution du trafic local. Si près de 43 000 véhicules basculent sur l’autoroute, il reste toujours 32 100 veh/jour sur le pont de la RN113, devenue un axe à 2*1 voie avec limitation de vitesse à 50 km/h accompagnée de feux tricolores. Le seuil de gêne pour une infrastructure routière de ce type est de 15 000 veh/jour. Il y a aujourd’hui près de 4 000 véhicules en heure de pointe le matin ou le soir.

 

 

En gardant les proportions de trafic local, on peut estimer à environ 1 600 veh/h en heures de pointe sur cet axe, alors que le seuil de circulation dense est de 1 100 veh/h sur une 2*1 voie. Cet axe de circulation restera donc particulièrement dense ou congestionné pour les usagers locaux. Cela aura pour effet de reporter une partie de cette circulation sur le pont de Trinquetaille. Les estimations prévoient 13 600 veh/jour contre 10 000 aujourd’hui, soit 36% d’augmentation. Ces véhicules passant préalablement dans le cœur de Trinquetaille ou sur le boulevard Gambetta et les axes du centre-ville. Un fort report de trafic est également prévu dans Pont de Crau, le trafic passant de 14 000 à 19 800 veh/jour dans le cœur du quartier. Dans le sillage de la RD35, une hausse de circulation est prévue à Raphèle et à Saint-Martin-de-Crau. Cette commune verra passer 3 600 veh/jour supplémentaires sur l’avenue principale. Dans le village de Mas-Thibert, même constat, une hausse de 1 300 à 2 500 veh/jour. Il est donc indiqué une augmentation du temps de trajet pour les déplacements locaux d’un côté à l’autre du Rhône.

 

 

Cet important report de trafic sur le réseau secondaire aura nécessairement un impact sur la sécurité qui n’est pas étudié dans les documents présentés. Les chiffres de l’observatoire de la sécurité routière (https://www.onisr.securite-routiere.gouv.fr/cartographie-des-accidents-metropole-dom-tom) indiquent que les axes du réseau secondaire sont les plus accidentogènes du territoire de l’agglomération Arles-Crau-Camargue-Montagnette. Faire passer davantage de véhicules sur ces axes ou en cœur de village ne va pas améliorer la situation, bien au contraire. Sur la base de ces éléments, qui montrent une divergence avec l’objectif n°2, serait-il possible que le porteur du projet nous explique comment il compte répondre à ces problématiques ?

 

 

 

 

L’objectif n°3 du projet est d’améliorer la qualité de vie des riverains de la RN 113 des communes d’Arles et de Saint-Martin-de-Crau. Tout d’abord, la situation est loin d’être dramatique comme on peut l’entendre si souvent. Dans le résumé non technique de l’étude d’impact (partie E1B, annexe 1), il est mentionné page 37 en état initial “Ainsi sur la base de ces éléments, la qualité de l’air dans la zone d’étude située à proximité du projet peut être qualifié de globalement bonne à l’exception de secteurs très localisés, situés en bordure de la RN113”. Pire, dans cette même page, il est noté “qu’à l’état projeté en 2028, une augmentation des concentrations en polluants en centre-ville d’Arles et un dépassement des normes de la qualité de l’air pour le dioxyde d’azote sont constatés. Il est néanmoins important de noter que l’augmentation des concentrations en polluants dans le centre-ville d’Arles est liée à l’effet indirect de la requalification de la RN113”. Or cette requalification de la RN113 dépend directement du projet autoroutier. Cette augmentation attendue de la pollution serait donc l’effet du projet autoroutier. En complément, l’étude Air (partie E6 page 130) présente l’évolution des émissions en dioxyde d’azote en situation de projet. On constate une augmentation supérieure à 50% sur de nombreux axes arlésiens (avenue de Camargue, avenue Dr Morel, pont de Trinquetaille, boulevard Gambetta, boulevard des Lices, route de Crau, avenue Vissac). D’autres avenues subiront également une augmentation d’émissions de NO2.

 

 

Concernant les nuisances sonores, il est fait mention que “L’état initial acoustique a permis d’identifier les zones situées dans une ambiance sonore préexistante modérée et celles dans une ambiance sonore préexistante non modérée. Le centre-ville d’Arles et la frange sud- est de Saint Martin de Crau apparaissent comme particulièrement exposés au bruit”. Des secteurs non équipés de murs anti-bruit. Si le déport de 40 000 veh/jour va réduire les nuisances sonores, elles ne vont pas pour autant disparaître ou même être divisées par deux. L’étude acoustique (partie E6) fait totalement abstraction des effets de reports de trafic en centre-ville. A croire que seuls les véhicules utilisant la RN 113 font du bruit. Il est prévu +36% de circulation sur le pont de Trinquetaille et donc en contrebas de celui-ci devant la place Antonelle ou le boulevard Gambetta par exemple. Il est ainsi difficile de croire aux cartes de courbes isophoniques de gain acoustique présentées (gain de 10 à 15 db dans le cas de ces exemples, page 106) Comme mentionné dans l’état initial, à l’exception de secteurs très localisés aux abords de laRN113, le projet autoroutier sera loin de résoudre les problèmes de pollution du centre-ville ou les nuisances sonores de certains quartiers, voire même les aggravera, en particulier pour les émissions de NO2.
Nous considérons que cet objectif ne sera absolument pas atteint.

 

 

L’objectif 4 prévoit de contribuer au dynamisme socio-économique du Pays d’Arles. Dans les documents fournis, cet aspect est régulièrement mentionné, sans qu’aucune justification en terme de « développement local » ne soit jamais étayée ni argumentée, si ce n’est la fonction autoroutière qui elle, étant la justification première du projet, sert les intérêts de la zone industrialo-portuaire de Fos-sur-mer, mais en aucun cas ne participe au développement de la zone d’emprise du projet. Toutefois on entrevoit derrière cette infrastructure autoroutière le développement de la logistique et la construction de nouveaux entrepôts, symptômes de désindustrialisation et de délocalisation.

 

 

En examinant la section sur les compensations agricoles collectives, page 30, on constate que les 36 entreprises agricoles concernées directement par le projet représentent 206 emplois ETP (équivalent temps plein), soit 9% des emplois agricoles directs des communes d’Arles et de Saint-Martin-de-Crau. Six de ces sociétés verront leur projet économique remis en cause et 5 d’entre elles subiront un impact fort à très fort. Une estimation parle de la perte de 22 emplois ETP. Dans ce même document il est présenté une évaluation financière des impacts directs et indirects sur la production agricole de 1 914 833 € de préjudices par an. Enfin, des droits de péage vont impacter fortement les artisans du territoire et les habitants qui utilisent la RN 113 actuelle pour aller travailler sur Fos-sur-Mer, Nîmes ou vers Salon-de-Provence. Avec un pouvoir d’achat en baisse, pour ces habitants, il est à prévoir que ces personnes consommeront et investiront moins. Sur la base de ces éléments nous nous interrogeons sur l’absence de modélisation économique de l’impact du contournement sur le tissu des PME locales. Aurions-nous raté quelque chose ?
Serait-il possible que l’État nous explique sur quel logiciel il a pu montrer une plus-value pour un développement économique durable de notre territoire dans ce projet ?

 

Analyse des lignes directrices du projet

 

 

La première ligne directrice est de “prendre en compte les enjeux d’émissions de GES et les effets du changement climatique”. Pourtant, le rapport présent dans l’étude d’impact (partieE6 Evaluation GES) sur l’évaluation des émissions de gaz à effets de serre est très clair : « le projet de CAA génère sur l’ensemble des phases et sur 50 ans, +5% d’émissions de GES additionnelles ». Le solde positif du projet est de 476 146 tonnes équivalent CO2.Non seulement la construction sera particulièrement émettrice de GES, représentant 82% des émissions additionnelles, mais le rapport indique clairement que le projet générera une augmentation des émissions liées au trafic routier. Deux effets négatifs engendreront des émissions supplémentaires de GES directes pour l’autoroute : (1) l’augmentation du kilométrage parcouru et (2) la modification des vitesses par tronçon, provoquant l’éloignement de la plage de vitesse optimale. Mais là aussi, les études se bornent à la seule comparaison RN113 / future A54, sans prendre en compte les reports de trafic sur le réseau secondaire ni sur l’allongement de ces futurs trajets locaux.

 

De plus, toute nouvelle route incite à aller toujours plus loin et induit une hausse du trafic à moyen terme. C’est le trafic induit, fortement documenté ces dernières années. L’Autorité environnementale recommande depuis 2019 de mieux prendre en compte ce phénomène dans les évaluations des émissions de GES. Nous n’en avons pas trouvé trace dans l’étude présentée.

 

 

Enfin, il est étonnant de ne voir nulle part mentionnées les émissions dues à la destruction de plusieurs hectares de marais tourbeux, du côté de Raphèle notamment. Ne serait-ce pas un oubli gênant pour la crédibilité des modèles utilisés pour estimer l’atteinte de la neutralité carbone du projet ?

 

L’État français est signataire de plusieurs accords internationaux concernant les réductions de la pollution de l’air et des gaz à effets de serre (GES). L’objectif national (SNBC) est de réduire les émissions de GES de 40% en 2030 par rapport aux émissions émises en 1990.Nous sommes actuellement très en retard sur cet objectif. Le projet en lui-même, et plus globalement le modèle de développement que sous-tend ce projet sont intrinsèquement éloignés des objectifs qu’a pris la France en termes de réduction des GES et donc ne respectent pas cette ligne directrice. La ligne directrice 2 indique prendre en compte les enjeux de biodiversité, à la préservation du fonctionnement hydraulique et agricole du territoire.

 

Analyse des enjeux biodiversité

 

 

Si de nombreuses pages traitent ce sujet, la synthèse des enjeux et certains chiffres clés ne sont pas présentés. Par exemple, s’il est fait mention du nombre d’hectares d’habitats naturels présents dans l’aire d’étude immédiate, aucun chiffre précis n’est présenté pour évoquer la surface précise d’espaces naturels qui seront détruits par le projet. De même, il n’est pas mentionné le nombre total d’espèces protégées qui ont été recensées, il est juste fait mention d’espèces patrimoniales, concept nébuleux non pris en compte juridiquement et qui ne parle pas au grand public. Le projet de contournement autoroutier présenté artificialisera 201 ha et plus de 175 espèces protégées verront leurs populations affectées par ce projet selon les listes présentées.

 

Dans l’étude d’impact, le fichier E2a_Etat_initial indique que “les habitats sont remarquables et leur maintien est lié à celui de pratiques culturales et à une gestion hydraulique spécifique au secteur arlésien”. Il est mentionné que plusieurs habitats souffrent de fragmentation. Comment penser qu’en faisant passer une autoroute et en bouleversant la gestion hydraulique de certains secteurs cela va améliorer l’état de ces habitats naturels ?Nous notons qu’en comparaison des études de 2012, le bureau d’étude ne compte plus que sept habitats naturels d’intérêt communautaire, contre 10 précédemment, sans explications sur cette évolution. Nous pensons que ces habitats d’intérêt communautaire devraient d’ailleurs être considérés comme un enjeu “très fort” et non pas uniquement “fort”. Les différents inventaires réalisés entre 2019 et 2023 recensent 444 espèces pour la flore, 17espèces de mammifères terrestres ou semi-aquatiques, 20 espèces de chauves-souris, 141espèces d’oiseaux, 9 espèces d’amphibiens, 11 espèces de reptiles, 38 espèces de poissons et au moins 190 espèces d’insectes.

 

 

Cette richesse spécifique est impressionnante mais sans surprise, sur des milieux aux portes de la Camargue et de la Crau, régions internationalement reconnues pour leur biodiversité. Dans les évaluations des enjeux contextualisés, nous sommes surpris de certaines classification eu égard aux statuts de protection et aux états de conservations de ces espèces, par exemple : (1) la Loutre d’Europe retenue avec un enjeu fort, alors qu’il devrait être très fort; (2) le Molosse de Cestoni retenue avec un enjeu fort, alors qu’il devrait être très fort; (3) L’ensemble des espèces du groupe des pipistrelles indiqué à enjeu faible, alors que les commentaires sous-entendent un manque d’habitats propices pour ces espèces; (4) le Crapaud épineux retenu avec un enjeu faible, alors qu’il devrait être moyen, son état de conservation étant classé médiocre; (5) le Pélodyte ponctué retenu avec un enjeu moyen, alors qu’il devrait être fort au vu de son mauvais état de conservation.

 

De manière générale, la méthodologie utilisée pour l’évaluation des impacts est peu lisible et sa complexité masque un manque d’analyse rigoureuse des effets directs et indirects de ce projet sur des hotspots de biodiversité que sont la Crau et la Camargue. Notamment les facteurs correctifs utilisés pour transformer des ha en unités fonctionnelles ne semble pas cohérent. Si des modélisations élaborées mettent bien en évidence l’impact du tracé sur des populations d’Outarde canepetières, de Chiroptères dont le Grand Rhinolophe, nous regrettons que des modélisations équivalentes n’aient pas été menées pour nous convaincre du potentiels que les mesures compensatoires puisse réellement permettre l’absence de perte nette de biodiversité.

 

 

 

Analyse des mesures compensatoires

 

 

La localisation des mesures compensatoires est indiquée notamment dans le fichier E4b-Impacts_mesures_volume3, page 32. Nous sommes surpris de voir dans celle liste de sites les lieux suivants :
(1) Les anciennes Papèteries Étienne : un projet économique est en cours d’installation sur une partie du site (à l’ouest de la RD570) et un espace vert public est projeté par la municipalité de l’autre côté de la route. Etes-vous au courant de ces projets ?

 

(2) Le jardin des Avettes : coincé entre le canal du Vigueirat et la RD570N, ce site fait l’objet d’un projet municipal de base de loisirs et d’espaces verts. La mairie d’Arles a déjà engagé de nombreux frais d’études pour ce réaménagement et a récemment fait une demande de subvention pour les futurs travaux. Un tel site ne peut être considéré comme un espace de mesure compensatoire.

(3) Abords du canal du Vigueirat le long de la rocade : les projections mentionnent plusieurs habitats à recréer sur ce site, dont plusieurs zones en prairie mésophile. La plupart de ces zones identifiées pour créer ces prairies mésophiles sont des cultures existantes ou des prairies pâturées. Quelle est la pertinence de ce choix ?

(4) La chapelette en amont du Marais des Chanoines : entre la RN113 et la voie SNCF, un secteur de 50 ha, coupé en trois par la voie d’accès à Raphèle et la liaison RN568-RN113. Il est fait mention de la restauration de milieux humides ouverts dans la partie ouest boisée du site et d’une gestion pastorale privilégiée. Cette partie est coincée entre la RN113 actuelle et une voie d’accès, la libre évolution du site à cause de sa difficulté d’accès fait qu’il se ferme. Au vu de sa position, on peut se demander si restaurer les milieux ouverts humides de ce site est pertinent.

(5) Le mas abandonné de Sainte-Luce : quel est l’intérêt de mener des actions de compensation pour les chauves-souris dans un mas abandonné qui se situera à 5md’une autoroute ?

(6) Le mas de Châteaufort est également cité pour la création de gîtes à chiroptères, mais celui-ci, racheté récemment, fait actuellement l’objet de travaux de restauration.

Ces différents exemples montrent que les mesures de compensation évoquées dans le dossier n’ont pas fait l’objet de mises à jour ou d’échanges avec les acteurs locaux. Le dossier affirme, de façon prématurée, que « les éléments présentés dans ce dossier démontrent la capacité du territoire à accueillir la compensation liée au projet de contournement autoroutier d’Arles », nous remettons donc en question cette affirmation.
De plus, les mesures compensatoires proposées pour les zones humides sont fragmentées et de faible surface en moyenne (moins de 50 ha). De l’aveu même des porteurs de projet, le dossier présenté ne permet pas d’identifier suffisamment de milieux naturels à restaurer pour compenser les impacts irréversibles sur des milieux uniques en leur genre.

 

L’additionnalité (ou plus-value) écologique des mesures compensatoires est faible, les terrains identifiés étant de qualité écologique déjà moyenne, ce qui ne permet pas de désartificialiser de vastes secteurs permettant les gains écologiques nécessaires pour atteindre le zéro perte nette de biodiversité.
Nous constatons enfin l’absence d’une analyse globale des effets cumulés des projets d’infrastructures en discussion dans le delta du Rhône. Dans un contexte de multiplication des projets – routiers, énergétiques ou industriels – l’absence de vision d’ensemble empêche toute évaluation sérieuse de la capacité du territoire à absorber et compenser les impacts écologiques. Elle limite également la capacité du public et de la communauté scientifique à appréhender les conséquences réelles des choix d’aménagement. Nous pensons en particulier au projet de ligne électrique THT porté par RTE. Ces pressions entraînent ensemble un appauvrissement de la diversité des écosystèmes et leur régression généralisée, une baisse des populations de la faune et de la flore, une baisse de la richesse spécifique des écosystèmes, la perte de fonctions écosystémiques et de résilience, ce qui in fine risque de nous confronter à de nouveaux risques.

 

 

Analyse des impacts agricoles

 

 

Ce projet est destructeur pour la résilience alimentaire du territoire face au changement climatique. Ce sont 36 exploitations qui seront directement impactées par le contournement. Ces exploitations représentent plus de 150 ha sur le tracé autoroutier et participent à la production d’une agriculture nourricière pour le territoire mais aussi au niveau national, notamment du fait de l’importance des grandes cultures : riz, blé dur et blé tendre, tournesol, foin de Crau, fourrage et luzernes, céréales et oléo-protéagineux, mais aussi cultures légumières de pleins champs (tomates, melons et pommes de terre) parfois en rotation avec des céréales. D’autres exploitations impactées sont principalement viticoles ou en arboriculture tandis que certaines pratiquent l’élevage de taureaux Camargue et/ou de chevaux. Environ 36% de la SAU des exploitations impactées est cultivée en agriculture biologique, ce qui représente un pourcentage très élevé témoignant d’un engagement fort des agriculteurs de ce territoire vers des pratiques respectueuses de l’environnement. Six exploitations impactées en viticulture et en arboriculture sont toutes engagées en bio.

 

Comment peut-on raisonnablement accepter de ravager ces terres si précieuses pour la souveraineté alimentaire de notre territoire ? Prenons les exemples du Mas de la Ville, un collecteur historique de riz biologique en Camargue et du Mas Daussan, arboriculteur bio majeur sur le territoire qui, tous deux, et à juste titre s’interrogent sur “la compatibilité à venir d’une production bio à proximité immédiate d’une autoroute”. Quand on connaît les difficultés auxquelles sont confrontés les agriculteurs et agricultrices aujourd’hui et notamment celles et ceux qui pratiquent l’agriculture biologique, comment peut-on accepter de sacrifier ces efforts à la gourmandise d’un trafic mondialisé de marchandises sur camions?

 

 

 

Analyse des impacts hydrauliques

 

 

En Crau humide les cultures sont notamment rendues possible par un vaste réseau hydraulique qui permet l’irrigation des prairies par submersion. Compte tenu de la complexité du système de canaux et de la nécessité d’entretien des ouvrages, ce projet va dégrader un système agricole extrêmement fragile et bâti au fil des siècles. La nappe phréatique de Crau est intimement liée aux pratiques agricoles car alimentée à 70%par les canaux d’irrigation des prairies de Crau. D’Arles à Istres, plus de 270 000 personnes sont alimentées en eau potable via cette nappe phréatique. Alors que l’eau est déjà un enjeu majeur sur le territoire, faire peser une menace supplémentaire sur cette nappe est un non sens.La nappe de Crau est peu profonde et perméable, ce qui la rend particulièrement vulnérable. Elle présente un intérêt écologique majeur en plus de son rôle majeur pour l’alimentation en eau potable. De par sa taille et son emplacement, cette nappe a un fonctionnement spécifique et de nombreuses zones humides sont liées à elle. Le complexe hydraulique de la Crau, des marais de Raphèle (Meyranne, Chanoines) et des marais plus au sud possède de nombreuses interactions. Il est regrettable que ces interconnexions entre les zones humides de l’emprise du projet et celles en hors emprise mais en lien direct ou indirect n’aient pas été prises en compte dans l’étude d’impacts. Les impacts bruts pourraient être très forts sur la qualité des eaux souterraines et superficielles, en phase chantier (mise en suspension de particules fines, pollutions chimiques accidentelles) comme en phase d’exploitation. Les porteurs de projet prétend que le projet va permettre d’améliorer la qualité des eaux souterraines par la mise en place de bassins d’assainissement. Toutefois rien ne démontre le niveau de pollution actuel des eaux d’infiltration. L’affirmation semble trompeuse.

 

 

Concernant la compensation agricole des foins de Crau, c’est flou. Les chiffres présentés de la surface totale de culture de foin de Crau diffèrent des derniers rapport traités dans le groupe thématique “agriculture”, mais surtout les secteurs proposés pour compenser la culture de foin de Crau questionne. Sur les quatre sites retenus, trois sont sur Salon-de-Provence ou Grans, autant dire que les exploitants actuels ne pourront pas se porter candidats pour cultiver ces terres, vu la distance par rapport à leurs terres existantes.

 

Au regard des différents éléments que nous pointons, nous considérons que ce projet ne permettra pas le principe de zéro artificialisation nette ni ne permettra le principe de zéro perte nette de biodiversité. Comment imaginer que la construction d’une autoroute aux portes de la Camargue et de la Crau ne fera pas d’énormes dégâts sur la biodiversité ? Sur un territoire surnommé le «triangle d’or de la biodiversité», le tracé retenu passe à quelques centaines de mètres à peine du Parc Naturel Régional de Camargue. Certaines destructions concernant des espèces ou des milieux très rares et fragiles, ne sont pas « compensables » hors du territoire du site impacté. Comment compenser des zones humides au fonctionnement spécifique dépendantes de multiples facteurs ? De plus, concentrer les opérations de compensation sur les fonctionnalités écologiques les plus aisément reproductibles peut conduire à des pertes plus larges, car non identifiées. En outre, la biodiversité dite ordinaire est difficilement prise en compte par ce système de compensation. Enfin, l’approche via les services écosystémiques gagnerait à transparaître dans les méthodes d’évaluation. Le projet ne prend donc pas suffisamment en compte la biodiversité et ne respecte pas la ligne directrice n°2.

 

 

Conclusion

 

 

Alors que le projet est basé sur quatre objectifs et deux lignes directrices, à la lecture du dossier d’enquête publique, nous constatons que cette autoroute ne répondrait qu’à un seul de ces objectif, celui de contribuer à un réseau de transport national et européen au bénéfice des pôles économiques régionaux, en particulier du Grand port maritime de Marseille, ce que nous dénonçons depuis des années. Le projet ne résoudra pas les problèmes de circulation du quotidien pour les habitants d’Arles, de Saint-Martin-de-Crau ou du territoire qui doivent traverser Arles quotidiennement. Les reports de trafics engendrés par l’autoroute auront un effet non négligeable sur le centre-ville, de nombreux quartiers et Saint-Martin-de-Crau. Cette autoroute aura un effet néfaste en termes d’émissions de GES et évidemment impactera fortement les habitats naturels et la biodiversité. Nous nous opposons à ce projet et nous continuerons de le faire.

Vieux de près de trente ans, ce projet a empêché toute autre réflexion pour améliorer l’existant ou étudier un ensemble d’alternatives cohérentes. Car pour se passer de cette autoroute et améliorer la situation de l’axe actuel, ce n’est pas une seule alternative qu’il faut étudier, c’est un ensemble de mesures et d’aménagements locaux ou régionaux qu’il faut prendre. Pour cela, il faut accepter que cette autoroute ne soit pas la solution et travailler réellement avec la population locale sur d’autres possibilités. La dernière consultation publique date de fin 2020 et début 2021, en pleine période de COVID. Le comité de suivi ne s’est pas réuni depuis septembre 2022. Si les groupes thématiques ont eu deux ou trois réunions ces cinq dernières années, la population locale est restée écartée de toute information avant cette enquête publique. La lecture d’un dossier d’enquête publique de plus de 6000 pages n’est pas à la portée de tous. Initialement, cette enquête devait se dérouler sur un mois et sans réunion publique. Ce n’est que grâce à l’intervention de la commission d’enquête, dont nous saluons l’initiative, que deux réunions publiques ont pu avoir lieu.

 

Nous avons notamment été marqués par les prises de paroles de certains habitants ou agriculteurs et agricultrices, directement impactés par le projet qui faisaient part de l’absence totale d’informations ou de rencontres avec le porteur de projet depuis plusieurs années. Cela démontre le cynisme de la DREAL : travailler sur un projet qui va exproprier des personnes ou bouleverser leur vie professionnelle sans aller les rencontrer. Ce constat montre l’échec démocratique des cinq dernières années de ce projet. Cela montre aussi l’échec d’un fonctionnement et d’un monde, celui qui veut imposer des infrastructures mondialisantes pour continuer à développer une économie mondialisée. Celle-là même qui nous a mené dans la crise climatique que nous connaissons et dans les crises économiques que nous vivons régulièrement. Il n’y a pas que le projet autoroutier qui est à revoir, il y a aussi la méthode de le penser et de l’imposer.

Nous continuerons à lutter contre ce projet.

 

Pour un autre projet de territoire – contribution au débat public Fos Berre Provence

En résumé

NACICCA interroge le projet de développement industriel et logistique de la zone de Fos Berre tel qu’il nous a été présenté au cours du débat public Fos Berre Provence un avenir industriel en débat.

En tant qu’association agréée à la protection de l’environnement, nous sommes inquiets de voir chaque jour disparaître toujours plus d’habitats, de paysages et d’écosystèmes accueillant des espèces pour lesquelles la région à une responsabilité de premier ordre, que ce soit au niveau national ou international. Le projet de développement industriel et logistique de la zone de Fos conduira à la destruction directe de plusieurs centaines d’hectares (Deos (80ha), Carbon (60 ha) GravitHy (75ha)  etc…). Preuve de l’impact de ces développement les services de l’Etat recherchent avec difficulté des surfaces de compensations de 2000 à 3000 ha dans la région. Or, nous dénonçons depuis longtemps l’inefficacité des mesures compensatoires qui ne sont jamais à la hauteur des destructions de la nature engendrées par l’artificialisation des sols.

Le développement qui nous est proposé est clairement insoutenable, consommateur de trop d’espaces et trop gourmand en énergie sans que les besoins aient vraiment été interrogés. Le chevelu d’infrastructures réseau (routes, autoroutes, ponts, pipeline, ligne très haute-tension) associé à ce projet causera des pertes d’habitats naturels et agricoles irréversibles et des mortalités massives chez les oiseaux migrateurs au droit de la réserve de Biosphère de Camargue.

Au lieu de s’appuyer sur un un projet de développement durable ambitieux pour enfin déployer une offre de transport maritime, ferroviaire et collectif digne de ce nom, ce projet sans cohérence globale dénote une absence de vision au dépens d’un avenir radieux pour ce territoire.

Fos-sur-Mer – Photo de La coccinelle sur Unsplash

 

Un projet d’un autre temps, qui ignore les défis du présent

 

NACICCA a été créée en 2007, initialement pour s’opposer à la destruction d’habitats naturels remarquables menacés par la construction d’un entrepôt logistique d’IKEA sur la commune de Saint Martin de Crau. Puis, NACICCA a défendu les espaces naturels remarquables de l’Etang du Caban contre un projet d’extension d’une darse dans la Grand Port Maritime de Marseille. Enfin, NACICCA a contraint Provence Grand Large à revoir sa copie et à proposer des mesures compensatoires pour tenir compte de l’effet de ses trois éoliennes en mer sur la mortalité attendue sur plusieurs espèces d’oiseaux.

NACICCA est une association qui défend depuis près de 20 ans la préservation de la nature et de la qualité de vie de la zone Crau Camargue Alpilles. Force est de constater qu’aujourd’hui nous sommes un peu dépassés par l’emballement de la machine à projets destructeurs, projets autoroutiers, parcs photovoltaïques, éoliennes en mer, entrepôts logistiques. Partout nous veillons au respect des engagements de l’Etat en matière de biodiversité, partout nous constatons l’absence d’une vision globale et cohérente du territoire avec pour conséquence un grignotage toujours plus rapide des derniers espaces préservés.

Durant ce débat public porté par la  CNDP, nous avons pu constater que le projet de développement logistique et industriel de la zone industrialo-portuaire (ZIP) de Fos s’appuyait toujours sur le même logiciel obsolète et dépassé, grignotage de terres, priorité à la route et aux camions ou datacenters qui justifient des offres électriques pharaoniques vendues comme réponse à des besoins de décarbonation. Jamais n’est posée la question des réels besoins énergétiques, des réels besoins de production. Nulle part on ne nous montre comment l’électrification et la décarbonation pourraient contribuer à la sobriété, c’est-à-dire à une diminution globale de la demande en énergie.

 

Le problème de l’appréciation des impacts cumulés

 

Ce débat public a été souhaité pour pouvoir mesurer et évaluer l’ensemble des impacts de la totalité des projets industriels et d’infrastructures autour de la zone industrialo-portuaire de Fos. Car il est essentiel que ces dizaines de projets soient évalués ensemble pour apprécier leurs multiples impacts environnementaux et sociaux sur les territoires concernés. Malheureusement ce débat n’a pas apporté les éléments nécessaires pour évaluer les impacts cumulés. Environ un tiers des projets seulement présentent des données permettant une étude partielle de ces impacts cumulés. Lors de l’atelier du 18 juin à Fos-sur-Mer sur les “risques – environnement – santé”, de très nombreuses questions sont restées sans réponse : total de surface consommée directe et indirecte, détail de la nature de ces surfaces, consommation en eau, impact sur la nappe phréatique de Crau, impacts globaux sur la biodiversité, impact sur le trafic routier actuel, impact sur les rejets industriels et la pollution de l’air,… alors que l’étude de ces impacts cumulés représentait le coeur de ce débat public, nous ne pouvons qu’être déçu de n’avoir aucune réponse probante. Les industriels et les services de l’État sont aujourd’hui dans l’incapacité de nous dire quels seront les impacts des ces dizaines de projets sur les milieux naturels, les terres agricoles, la ressource en eau, la qualité de l’air ou même les paysages et l’habitat. Ils n’ont pas sû répondre aux attentes des populations locales.

 

Le problème des mesures compensatoires

 

Une difficulté majeure de ce débat a été pour NACICCA d’essayer de comprendre ce que l’ensemble des ces multiples projets industriels allaient représenter de façon précise en termes de surface de milieux naturels et agricoles impactés. Il semble que les services décentralisés de l’Etat recherchent aujourd’hui avec difficulté des surfaces de compensations (possiblement sous forme de SNCRR) de 2000 à 3000 ha dans la région. On lit dans des déclarations du préfet de région que “les zones humides à restaurer ne manquent pas”, sous-entendant que ces projets seraient une opportunité pour la conservation de la nature. Notre lecture de ces déclarations est que l’Etat acte une compensation au rabais qui, au contraire de desartificialiser des zones bétonnées pour de véritables gains de nature, se contenterait d’améliorer à la marge l’état de certaines zones humides alors que les destructions, elles, seront définitives. Pourtant des études scientifiques ont par exemple montré que sur 621 zones humides restaurées et suivies à travers le monde, même un siècle après les efforts de restauration, leur structure biologique et leur fonctionnement biogéochimique sont restés en moyenne 26 % et 23 % plus bas, respectivement, que dans des zones humides naturelles utilisées comme point de comparaison. En d’autres termes, la nature ne se restaure pas facilement et priorité doit être donnée à l’évitement. Ce constat devrait nous amener à imaginer des ratios de compensation beaucoup plus élevés que ceux proposés actuellement (2 ha de compensation seulement pour 1 ha détruit). Ce besoin est exacerbé par le traitement à la découpe des mesures compensatoires qui ne prend jamais en compte les effets cumulés des projets. Faute d’économie drastique sur les surfaces à artificialiser pour ces projets, des surfaces colossales devront être trouver pour la compensation si on ne sous estime pas les ratios. A noter que la création d’un SNCRR (évoqué dans la fiche de l’état sur les mesures compensatoires) ne résout en rien le risque de sous estimation des ratios, preuve en est les difficultés de la CDC Biodiversité à vendre des unités de compensation alors que les projets logistiques en sa périphérie ont fleuri. NACICCA s’oppose de longue date à la compensation par l’offre telle que promue par l’Etat ici, notamment du fait que cette commodification de la nature, loin de la préserver, participe à sa destruction.

Nos propositions alternatives

 

Pour la zone industrielle de Fos, nous regrettons que le processus de concertation n’ait pas pris comme point de départ les besoins des habitants en ce qui concerne l’amélioration de leur cadre de vie, l’amélioration de leur environnement, qualité de l’eau et de l’air, et la diminution du risque sanitaire des industries sur les populations. De ce type d’approche “bottom up” aurait pu émerger des projets industriels qui ne soient pas gouvernés de façon “top down” par la compétition internationale du capitalisme financier. On aurait alors pu proposer des projets propres à répondre aux besoins réels des populations et pas ficelés pour satisfaire les désirs des investisseurs du CAC 40.

La question des transports est symptomatique de cette différence entre besoins des uns et désirs des autres. Les projets de transports proposés sont des autoroutes : Martigues – Port-de-Bouc, Fos – Salon ou encore au sud d’Arles. Mais à qui cela va-t-il profiter ? Aux investisseurs de la logistique et non aux populations locales. Alors que de nombreux élus parlent de routes saturées, aucun plan ambitieux de transport public n’a été présenté. Le transport ferroviaire a été oublié. La part proportionnelle du fret dans le transport de marchandises fait du surplace. Faire croire aux usagers qu’une autoroute va résoudre la fluidité du trafic routier est une réflexion du passé, de nombreux travaux scientifiques ont abordé ce sujet ces dernières années.

Prenons l’exemple du contournement  autoroutier d’Arles, sur lequel NACICCA a beaucoup travaillé en lien avec le collectif “En travers de la route”. Aucun aménagement sur les infrastructures existantes n’a été réalisé ces vingt dernières années pour améliorer la situation, alors que plusieurs décisions nationales ou aménagements locaux pourraient être pris. Nous proposons de mobiliser des financements massifs pour développer des outils efficaces de transport ferroviaire, fluvial et du cabotage entre les ports de Méditerranée (avec la SNCF/RFF, le Port d’Arles et le Grand Port Maritime de Marseille). L’Etat, le département et la région devraient investir également dans le développement du transport collectif entre les villes voisines (avec des plateformes de covoiturage (ex : bus direct inexistant entre Arles et Fos-sur-Mer). Nous invitons l’ACCM à mettre en œuvre sans tarder son plan vélo avec des incitations fortes pour l’utilisation de transport décarboné. Concernant la réduction des nuisances sur la RN113. Nous souhaitons que soit étudié l’aménagement du rond-point du Vittier et des autres échangeurs en traversée  d’Arles, la construction de passerelles, la construction d’un raccordement entre Barriol et Fourchon, la réduction de la pollution sonore (limitation de vitesse, revêtement adapté, protections supplémentaires), des voies plus différenciées (marquage et vitesse) et la possibilité d’encapsuler une partie de la section passant au coeur d’Arles comme cela se fait à bien des endroits.

Nous rappelons que la continuité autoroutière entre l’Espagne et l’Italie existe, elle passe par l’A9 puis l’A7 au carrefour d’Orange. Alors que la RN113 au droit d’Arles est empruntée par 10700 poids lourds par jour (étude TransMobilité  2025), 4100 de ces camions vont ou arrivent d’Espagne, traversant le pays pour amener des légumes espagnols en Europe. Ces 4100 poids-lourds n’ont rien à faire sur nos routes. Le fret ferroviaire pour les trajets internationaux doit être mis en place. En février 2023, Mme Elisabeth Borne, alors Première Ministre, avait annoncé un grand plan ferroviaire, en particulier pour le transport de marchandises, où est ce plan aujourd’hui ? L’État doit avoir une vision à long terme et promouvoir un projet de circulation routière, ferroviaire et fluvial du 21ème siècle et ne pas cautionner un projet du siècle passé, basé sur le tout camion.

Pour la THT, là aussi, nous nous appuyons sur le collectif STOP THT pour soutenir l’étude de solutions alternatives incluant l’option suivante : une ligne 2GW enterrée et enfouie dans le Rhône entre Jonquière et Fos et une ligne maritime 2GW de Fos à La Narbonnaise, projeté par RTE il y a quelques années, via le projet Midi-Provence.

Au sein de ce collectif nous défendons l’idée qu’avant tout devraient être mieux évalués les besoins réels du territoire qui justifient cette nouvelle offre électrique. Nous nous interrogeons notamment sur les besoins en énergie électrique censés justifier la création de cette ligne THT. Alors que depuis plusieurs mois l’État et RTE prônent cette ligne pour décarboner les industries de la ZIP de Fos, la présentation du 20 mai à Saint-Martin-de-Crau nous a appris que sur les 7000 MW de demandes de raccordement, seulement 1200 MW étaient pour décarboner les industries existantes. Pire, la même demande de 1200 MW concerne l’installation de datacenter. Près de 2000 MW sont prévus pour des projets d’hydrogène et autant pour la “réindustrialisation”. La réelle décarbonation de l’existant et des transports régionaux ne représente même pas un tiers des demandes de raccordement. Dès lors, il est légitime de se poser la question, est-on sur un mensonge pour justifier cette ligne THT ? Elle n’est nullement pour décarboner, mais pour faire venir de nouvelles industries, soit à la technologie immature (hydrogène), soit à l’état de start-up. Bref, de l’hypothétique et de la fuite en avant technologique. Et pour cela, l’État est prêt à sacrifier les territoires de Camargue, de Crau et de Terre d’Argence, reconnus pour leur biodiversité exceptionnelle, leurs paysages et leurs agricultures. Nous ne pouvons qu’être contre ce projet de ligne THT, qui ne ferait que détruire et broyer : détruire du vivant et broyer de l’humain.

Alors que RTE a choisi un fuseau dit de “moindre impact”, notre association a réalisé à l’automne et à l’hiver dernier des comptages d’oiseaux simultanés sur l’ensemble de ce fuseau afin de mettre en lumière la multitude de déplacements quotidiens des oiseaux au sein de ces territoires. Les résultats sont édifiants. Le 26 janvier 2025, en seulement 3h30 d’observation c’est un total de 26 712 individus de 33 espèces différentes, principalement protégées, qui a été recensé. Nous vous laissons imaginer sur une année entière, en prenant en compte les mouvements migratoires, le nombre que cela représente. On parle en millions de déplacements d’oiseaux en Camargue. Mettre une ligne THT dans ces territoires est un non-sens total. La décarbonation ou ce qui s’y apparente, ne peut se faire au détriment de la biodiversité. Nous joignons à cette contribution les résultats de ces comptages.

 

Conclusion

Si NACICCA a apprécié l’opportunité offerte par la  CNDP d’interroger non pas des projets industriels mais un projet territorial, nous avons été également extrêmement frustrés de voir des pans entiers de ce débat passer à la trappe au détriment de discussions économiques industrielles. Sous prétexte de décarbonation et d’économies “vertes” le modèle consumériste et productiviste dans lequel nous sommes n’a pas été débattu. Pourtant, quelques années après une pandémie mondiale mettant nos économies à l’arrêt, débattre de la sobriété et de nos modes de productions aurait dû être une porte d’entrée de ce débat. Malheureusement, services de l’État et industriels étaient main dans la main pour promouvoir des projets industriels avec comme seules préoccupations la compétitivité ou l’attractivité économique de la région, voire de la France. Faisant fi des questions environnementales, sociales ou agricoles. Les différents débats n’ont pas permis d’interroger le sens que l’on donne aux activités humaines. La décarbonation, l’emploi, la compétitivité, ces concepts sont creux si on ne sait pas pour quel projet de société ils sont mobilisés.

Il ressort de notre analyse un manque crucial de vision, notamment sur le développement et l’organisation des mobilités et des transports dans une zone ou la gestion des flux ne pourra reposer indéfiniment sur le tout camion, et sur les impacts cumulés de tous ces projet sur ce qu’il reste des écosystèmes et de la biodiversité exceptionnelle de ce territoire. Nous avons la désagréable impression que ce sont les territoires de Crau, de Camargue et de Terre d’Argence qui doivent s’adapter aux industries et aux infrastructures réseaux, alors que ça devrait être l’inverse. Nous continuerons à défendre ces territoires, leurs paysages, leurs agricultures et leurs biodiversités .

 

Bilan du comptage des oiseaux sur le tracé de la ligne THT du 26 janvier 2025

Le 26 janvier 2025, nous étions près de 60 observateurs répartis le long de 19 points d’observation pour dénombrer tous les oiseaux de grandes tailles en vol ou au sol, au sein du fuseau dit de moindre impact (FMI) du projet de ligne THT porté par RTE.

 

Après un comptage similaire en novembre 2024, l’objectif de ce second passage était d’appuyer les observations réalisées précédemment pour montrer les déplacements incessants des oiseaux dans les territoires traversés par ce projet (Terre d’Argence, Camargue et Crau), en particulier au maximum de la période d’hivernage.

 

En seulement une matinée et ne couvrant pas la totalité du FMI, les observateurs présents ont encore noté des effectifs particulièrement conséquents d’oiseaux traversant ce FMI. Ces chiffres, très parlants, remettent totalement en cause cette théorie du « moindre impact ».

Pour rappel, les espèces ciblées étaient en priorité : la Grue cendrée, le Flamant rose, la Cigogne blanche, le Busard des roseaux, le Busard St-Martin, la Buse variable, l’Aigle de Bonelli et les autres aigles, les Vautours, le Milan royal, l’Oie cendrée, le Héron cendré, la Grande Aigrette, l’Aigrette garzette, le Cygne tuberculé, l’Outarde canepetière, le Goéland leucophée, ou le Grand cormoran,…

Les données collectées sont publiques et seront versées à l’INPN. Elles n’ont pas vocation à contrer les études réalisées par RTE, n’étant qu’une photographie instantanée des déplacements de l’avifaune présente. Cette opération et ces données ont vocation à sensibiliser et montrer l’absurdité du discours de RTE.

 

Quand plus de 26 000 oiseaux traversent en 3h30 l’emplacement d’un projet de ligne très haute tension, et ce dans des territoires aux nombreuses mesures de protection environnementales, cela laisse supposer de nombreux impacts néfastes sur ces espèces et va à l’encontre des mesures de protection prises localement et sur d’autres territoires fréquentés par certaines espèces migratrices.

 

Ces données seront donc transmises à RTE pour les mettre face aux conséquences de leur projet.

 

Un immense merci à toutes et tous pour votre participation !

 

Résultats du comptage

 

Un total de 26 712 individus de 33 espèces différentes ciblées a été observé. Les Grues cendrées sont sur les plus représentées mais il est intéressant de noter les effectifs importants de Cigognes blanche, et de rapaces.

L’opération réussit bien à mettre en évidence le très haut niveau de fréquentation de ce territoire par des oiseaux sensibles aux collisions avec les lignes électriques.

 

Effectifs des Espèces ciblées

 

Espèces Effectifs comptés Espèce protégée
Grue cendrée 17607 ·
Goéland leucophée 3891 ·
Choucas des tours 2684
Cigogne blanche  458 ·
Vanneau huppé 359 ·
Corneille noire 311
Ibis falcinelle 273 ·
Mouette rieuse 201 ·
Grand cormoran 199 ·
Mouette mélanocéphale 178 ·
Corbeau freux 74
Milan royal 66 ·
Grande Aigrette 63 ·
Héron garde-bœufs 57 ·
Héron cendré 56 ·
Buse variable 36 ·
Faucon crécerelle 32 ·
Cygne tuberculé 27 ·
Oie cendrée 26
Aigrette garzette 24 ·
Busard des roseaux 24 ·
Canard colvert 21
Busard Saint-Martin 12 ·
Épervier d’Europe 9 ·
Faucon émerillon 7 ·
Cigogne noire 4 ·
Faisan de Colchide 4
Aigle botté 3 ·
Perdrix rouge 2
Courlis cendré 1 ·
Faucon pèlerin 1 ·
Goéland cendré 1 ·
Oedicnème criard 1 ·

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La pollution ou la « chose électrique » ?

C’est en substance le choix qui est laissé aux citoyens dans le cadre du projet d’une ligne de 400.000 volts entre Jonquières-Saint-Vincent, dans le Gard et la commune de Fos-sur-Mer.

NACCICA a eu le privilège de pouvoir assister à cette première réunion de présentation le 16 novembre 2023. Possibilité qui n’a pas été offerte à de nombreux autres acteurs du territoire, gentiment « évités » à cette session d’ouverture et interdit d’entrée le jour même. Alors qu’il y avait encore de nombreux sièges vides, nous dénonçons ce premier déni de démocratie, signe d’une volonté de concertation toute relative.

Le fantasme techniciste de la décarbonation

Le projet, porté par RTE, gestionnaire du réseau de transport d’électricité en France, a pour objectif de tirer une ligne électrique aérienne à deux circuits de très haute tension sur une distance de 65 km entre les postes de Jonquières et celui de la Feuillane à Fos.

L’objectif avoué est de participer à la décarbonation de la Zone Industrialo-Portuaire (ZIP) de Fos et notamment ses 3 raffineries et 2 terminaux méthaniers. Cette dernière est le deuxième site le plus émetteur de gaz à effet de serre de France après Dunkerque.

Une fois de plus, la sobriété, un pilier fondamental de la transition écologique exigée par un nombre grandissant d’experts, d’institutions et d’associations comme NACICCA reste dans l’angle mort des pouvoirs publics. Sans transformations profondes de nos modes de vie et de production, la France ne sera jamais à la hauteur des enjeux environnementaux.

Que se passera-t-il quand notre territoire sera un des plus gros consommateur d’électricité en France et que ses coûts de production ne cesseront d’augmenter comme c’est déjà le cas en ce moment ? Quelle sera l’étape d’après, une centrale nucléaire aux portes de nos maisons comme évoqué par le chef de l’Etat ?

Une autoroute de plus !

Les travaux, s’ils passent la phase de concertation, débuteraient en 2028 pour un investissement de 300 millions d’euros. L’aire d’étude du tracé a été présentée sur la base d’une bande de 48 km de long sur 14 de large pour plus de 600 km ² au total. Elle concerne 10 communes :

  • 5 dans les Bouches-du-Rhône : Arles, Saint-Martin-de-Crau, Tarascon, Fos et Port-Saint-Louis
  • 5 dans le Gard : Beaucaire, Bellegarde, Fourques, Jonquières, Vallabrègues

Après validation de l’aire d’étude associée au projet, une analyse multicritère précise sera menée à l’intérieur de cette aire d’étude de façon à déterminer des fuseaux de passages possibles.

Une autoroute de pylônes de 50 mètres de haut qui se verront aussi bien que la fameuse Tour Luma et qui viendra s’ajouter à la balafre attendue du futur contournement autoroutier d’Arles.

Un projet colossal aux enjeux environnementaux et sociaux très importants

La concertation n’a pas vraiment le droit au loupé, car ce projet colossal devra acheminer une énorme quantité d’électricité : 5.000 mégawatts, l’équivalent de la consommation annuelle de cinq millions de personnes. Il permettrait de doubler la consommation d’électricité de notre région.

En l’état actuelle l’aire d’étude impacterait :

  • 1 réserve de Biosphère (Camargue)
  • 2 sites Ramsar (Zone humide d’importance internationale) (Camargue et Petite Camargue)
  • 21 sites Natura 2000
  • 75 zones naturelles d’intérêt faunistique et floristique
  • 9 zones importantes pour la conservation des oiseaux
  • 2 parcs naturels régionaux (Camargue et Alpilles)
  • 3 réserves nationales (Coussouls de Crau, Marais du Vigueirat et Camargue)
  • 4 réserves régionales (L’Ilon, Poitevine-Regarde-Venir, Pourra-Ranquet et Tour du Valat)
  • 10 espaces naturels sensibles

Nul besoin de préciser que les enjeux biodiversité sont considérables sur ce dossier. Sans compter les atteintes possibles à certains sites pour leur intérêt paysager remarquable.

NACICCA reste très vigilant sur ce dossier. Alors que notre territoire accueille de nombreuses réserves naturelles et d’espaces naturels sensibles, les enjeux d’acceptabilité s’annoncent immenses. La concertation du public est prévue pour le 1er trimestre 2024.


Toutes les cartes sont tirées du Dossier de Présentation de l’Aire d’Etude (DPAE)

Réponse aux questions des candidats à la 16ème circonscription des Bouches-du-Rhône aux élections législatives de 2022


Les candidats à la 16ème circonscription des Bouches-du-Rhône aux élections législatives de 2022 ont été interrogés sur six thèmes: Energie, Transport, Economie, Industrie, Agriculture et Biodiversité par six associations du territoire (NACICCA, AGIR POUR LA CRAU, LES FLAMANTS ROSES DU TRÉBON, ACEN, CHANGEONS d’AVENIR et le collectif Camarguais pour le maintien du Bac à Salin de Giraud). Ce questionnaire a été transmis le 3 juin aux candidats par mail personnel lorsque celui ci a été trouvé, par mail aux délégations régionales des partis ou les sites internet des partis dans le cas contraire. Le questionnaire a ensuite été publié dans la Provence le 5 juin.  Des candidats nous ont fait part qu’ils n’avaient cependant pas reçu l’information préalablement et nous nous en excusons. Néanmoins nous considérons que tous les candidats ont pas pu avoir accès à ce questionnaire par un moyen ou un autre.


Nous avons reçu trois réponses : Le Parti Animaliste représenté par Monsieur Cesari, la NUPES représentée par Monsieur Caillault, le NPA représenté par Madame Pasquini. Nous considérons que l’absence de réponse des autres candidats démontre au mieux une certaine désinvolture sur ces sujets, mais plus certainement l’absence d’intérêt pour ces questions ou au moins pour les associations qui les posent.


Les six thèmes proposés sont des transcriptions locales fortes des enjeux nationaux. La crise de la COVID, la guerre en Ukraine et ses conséquences directes et indirectes ne sont que deux éléments parmi d’autres de crises à intégrer dans la réflexion. Les grands bouleversement géopolitiques qui sont à l’oeuvre, l’influence grandissante de certains états notamment en Afrique ou en Asie, et les nouvelles alliances internationales qui se dessinent vont avoir un impact fort sur notre mode de vie : énergie, agriculture, ressource en eau, souveraineté alimentaire, disponibilité des matières premières, commerce international, changements des lieux de production. Tout cela dans un contexte de crise environnementale majeure : crise de la biodiversité et changements climatiques.


Nous recommandons vivement à tous de lire attentivement les réponses des candidats pour se faire une idée la plus précise possible des positions de chacun. Ces réponses sont disponibles ci dessous

Conclusion


Nous regrettons le faible taux de réponse à ce questionnaire (3 candidats sur 10) qui nous aurait permis de confronter plusieurs visions et d’informer les adhérents et les citoyens de la politique qui allait être menée par notre futur.e député.e sur ces enjeux cruciaux pour la nation et pour notre territoire. Malgré les discours de leurs représentants nationaux, ce questionnaire montre que l’intérêt de la plupart des candidats est ailleurs et qu’ils n’ont toujours pas saisi l’urgence à s’emparer de ces sujets environnementaux.

Pont de Barcarin : participation à l’enquête publique

En 2017, le Département des Bouches-du-Rhône a décidé de relancer les études pour la création d’un pont permettant de franchir le Rhône entre Salin-de-Giraud et Port-Saint-Louis-du-Rhône. Après avoir mené les études préliminaires, le Département a ouvert une nouvelle phase de la concertation publique sur ce projet. NACICCA s’est associée à France Nature Environnement Bouches-du-Rhône et Agir pour la Crau pour émettre conjointement leur avis.


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En Camargue, laissons le vent aux oiseaux

Nacicca a déposé un avis à la nouvelle enquête publique ouverte en juin 2021 sur le projet d’aménagement du parc éolien flottant pilote « Provence Grand Large » au large de Port-Saint-Louis du Rhône.

 

Nous considérons que malgré un dossier révisé, le maître d’oeuvre ne fait pas la démonstration que son projet contribuera à la transition énergétique et qu’il n’aura pas un impact important sur les oiseaux migrateurs.

 

Préambule

 

 

La décision de la Cour d’Appel Administrative de Nantes a permis de confirmer les conclusions de l’avis de l’association NACICCA déposé lors de l’enquête publique de 2018. Nous avancions alors que ce projet ne prenait pas assez en compte les risques d’impact significatif sur les oiseaux fréquentant le secteur d’installation du projet et qu’il devrait donc être installé ailleurs. Nous démontrions également que le porteur du projet avait cherché à minorer les impacts de façon évidente, ce qui lui évitait notamment de demander une autorisation administrative dérogatoire à la destruction d’espèces protégées et de proposer des mesures compensatoires. La cour relevait qu’«il subsiste un doute raisonnable d’un point de vue scientifique quant à la possibilité que le parc projeté, en cas de surmortalité annuelle de plusieurs individus provoquée par des collisions avec les éoliennes, ait des effets significatifs dommageables sur la bonne conservation des populations de puffins yelkouan présentes dans la zone du projet, c’est-à-dire dans la zone de protection spéciale « Camargue », ainsi que, compte-tenu des importants déplacements des individus au sein du golfe du Lion pour leur alimentation ou le nourrissage des jeunes en période de reproduction et pour leur transit ou leur repos en période de migration, dans les zones de protection spéciale « Iles Marseillaises-Cassidaigne » et « Iles d’Hyères ». La même conclusion s’impose, dans une moindre mesure en raison de leur présence plus limitée dans la zone du projet, pour la bonne conservation des populations de puffins de Scopoli dans les trois zones de protection spéciale mentionnées. ». Elle relevait aussi qu’« il subsiste un doute raisonnable d’un point de vue scientifique quant à la possibilité que le parc projeté, en cas de surmortalité annuelle de plusieurs individus provoquée par des collisions avec les éoliennes, ait des effets significatifs dommageables sur la bonne conservation des populations de sterne caugek présentes dans la zone du projet, c’est-à-dire principalement dans la zone de protection spéciale « Camargue ».

 

Windräder, Parc Éolien, Lac, L'Énergie   Le porteur du projet (Provence Grand Large) a donc été obligé de revoir sa copie et admet maintenant que son projet aura un impact moyen sur certaines espèces d’oiseaux, dont le puffin de scopoli, le puffin yelkouan, le pétrel tempête, la sterne caugek, la mouette mélanocéphale, la mouette pygmée et les oiseaux migrateurs terrestres. Tenant compte de ces nouvelles évaluations, nous reconnaissons que PGL apporte un certain nombre de pistes visant à réduire les risques de collision et à compenser les mortalités possibles afin de conserver les populations des espèces impactées dans un bon état de conservation. Néanmoins, selon nous, cette étude révisée continue de sous-évaluer les impacts sur la biodiversité marine et pèche par excès d’optimisme sur l’effet des mesures d’évitement et de compensation.

 

Analyse des enjeux

 

Ce projet industriel de parc éolien offshore flottant se situe au large de la Camargue, zone humide dont la richesse avifaunistique est reconnue à l’échelle internationale et justifie de nombreux statuts de protection. Reconnue pour la diversité de son avifaune reproductrice, elle se situe en outre sur un axe majeur de migration pré- et post-nuptiale où transitent et hivernent des dizaines de milliers d’oiseaux de nombreuses espèces majoritairement protégées et dont certaines présentent une forte valeur patrimoniale en raison de leur statut d’espèces rares et menacées. Cette richesse ornithologique est confirmée par l’étude d’impact du maître d’ouvrage mise à jour suite au recours de Nacicca auprès de la Cour Administrative d’Appel de Nantes.

 

Si la zone d’implantation est utilisée toute l’année par de très nombreuses espèces animales, de groupes taxonomiques différents (oiseaux, mammifères marins, chiroptères, tortues marines, poissons, etc.) pour y accomplir tout ou partie des différentes phases de leurs cycles biologiques annuels, l’étude d’impact ne pouvait mettre en évidence qu’une partie infime des enjeux. En effet, la distribution et l’abondance des espèces animales en mer présentent une grande variabilité spatiale journalière, saisonnière et annuelle que des visites mensuelles sur une ou deux années ne peuvent correctement mesurer.

 

Voici deux exemples :

 

– Que penser des effectifs d’oiseaux d’eau et terrestres comptés sur le site d’implantation quand on connaît le caractère irruptif des passages migratoires et qu’il n’est pas rare de multiplier par un facteur 100 ou 1000 les effectifs en migration d’un jour sur l’autre ? Les probabilités de tomber sur un pic de migration avec une visite tous les 30 jours sont minces et une prospection mensuelle risque fort de sous-estimer les effectifs réels.

 

– De même, que penser des effectifs de sternes caugeks recensés sur le site d’implantation du projet en 2012 et 2013 alors qu’aucun couple nicheur n’était observé en Camargue en 2012 et que seulement 30 couples nicheurs étaient recensés en 2013 ? Combien de sternes caugeks auraient été observées sur le site d’implantation en 2008 quand 1330 couples nicheurs étaient recensés en Camargue et en 2017 alors qu’il y avait 1230 couples nicheurs ?

 

Concernant l’état de conservation des populations, il est regrettable que le rapport de Courbin et al. 2018 sur la démographie des puffins n’ai pas été mobilisé. En effet ce rapport conclut notamment que « les modèles de dynamique de population indiquent un déclin généralisé des populations de puffins de Scopoli et yelkouan au Parc National des Calanques et au Parc National de Port Cros. […] les populations nicheuses de puffins du Parc National des Calanques et au Parc National de Port Cros sont en marge de l’aire de distribution de reproduction de l’espèce, et sont actuellement des populations « puits » qui ne peuvent pas se maintenir toutes seules sans l’apport régulier d’individus provenant de populations « sources »« . Cette conclusion signifie qu’il existe un déclin local de ces populations, déclin compensé par l’immigration à partir de populations voisines. On ne peut donc que redouter des effets négatifs additionnels d’un tel projet sur ces populations qui sont déjà en dessous du seuil de viabilité.

 
Nature, Animaux, Bird
 

 

Cette nouvelle étude d’impact s’appuie maintenant sur des Modèles de Risque de Collision (CRM) qui aboutissent à réévaluer les risques de mortalité pour certaines espèces contactées dans la zone d’implantation du projet (voir page 264). La grande faiblesse de ces modèles est qu’ils dépendent de ce que l’on met dedans et leur paramétrisation dépend singulièrement de l’effort d’observation et de la détectabilité des espèces sur l’emprise du site. Faute de bonnes données récoltées sur le terrain, les modèles ne peuvent que prédire des impacts au doigt mouillé, voir pas d’impact quand les données laissent penser –par exemple- que l’espèce vole trop bas pour être impactée. Tel est le cas pour le puffin yelkouan ou le puffin de scopoli dans ce document, alors que d’autres données, non utilisées comme celles des suivis GPS, indiquent que ces oiseaux volent au dessus de 20 m pendant 2 à 3 % du temps. Faire tourner le modèle avec ces données aurait généré un tout autre résultat…

 

L‘incertitude sur les risques de collision, entre attraction et évitement possible à l’approche des pales, est telle qu’un grand programme de recherche « Migralion » vient d’être lancé par l’Office français de la biodiversité (OFB) pour équiper de GPS un large panel d’espèces d’oiseaux migrateurs afin d’acquérir des connaissances sur leurs trajets qui ne manqueront sans doute pas de confirmer que le site d’implantation se trouve sur l’un des plus important couloir migratoire traversant la Méditerranée. Le bon sens voudrait qu’on attende les résultats de cette étude pour juger de la faisabilité d’un projet sur ce site.

 

Par ailleurs, le porteur du projet reconnaît que les éoliennes flottantes pourront jouer le rôle de Dispositif de Concentration de Poissons (DCP) et n’y voient qu’un effet positif pour les mammifères marins. On peut alors s’étonner qu’ils omettent de mentionner les fortes probabilités que ces concentrations de poissons soient à même d’attirer les oiseaux piscivores (sternes, fou de bassan…) avec le double effet d’augmenter les effectifs sur la zone d’emprise et les risques de collision.

 

Enfin, nous regrettons que l’impact des éoliennes sur les chiroptères en déplacement et en migration, connus dans les installations éoliennes à terre, n’ait pas été considéré sérieusement du fait d’un effort de prospection qui n’est pas du tout à la hauteur des enjeux. En conséquence, il nous semble préoccupant qu’aucun chiroptère n’ait été retenu parmi les espèces faisant l’objet d’une demande de dérogation autorisant leur destruction.

 

Un principe de précaution bafoué 

 

D’une manière générale, la littérature scientifique démontre qu’il n’y a quasiment pas de corrélation entre les prévisions initiales de mortalité causées par les éoliennes (dans le cadre d’une étude d’impact par exemple) et les mortalités réelles constatées a posteriori. Les raisons sont à mettre en relation soit avec un manque de méthode fiable et standardisée pour réaliser les évaluations initiales, soit avec des hypothèses trop optimistes, ou encore avec l’absence de prise en compte de paramètres réellement peu prévisibles. En clair, les impacts sont hélas toujours plus élevés que ceux envisagés dans les dossiers des maîtres d’ouvrages.

 

Avec de nombreuses incertitudes sur la fréquentation réelle de la zone d’emprise, notamment par les oiseaux, au regard de la richesse et des abondances observées en Camargue, et sur une possible fréquentation augmentée une fois les éoliennes installées (attractivité accrue du fait des sources lumineuses et DCP), la prise en compte des enjeux et des impacts apparaît largement sous-estimée dans l’étude d’impact.

 

En cela, le projet Provence Grand Large bafoue le principe de précaution, adossé à la Constitution Française via la Charte de l’Environnement de 2005, qui stipule « Lorsque la réalisation d’un dommage, bien qu’incertaine en l’état des connaissances scientifiques, pourrait affecter de manière grave et irréversible l’environnement, les autorités publiques veillent, par application du principe de précaution et dans leurs domaines d’attributions, à la mise en œuvre de procédures d’évaluation des risques et à l’adoption de mesures provisoires et proportionnées afin de parer à la réalisation du dommage ».

 

La raison d’intérêt public majeure n’est pas démontrée

 

Par ailleurs, ce projet ne nous semble pas établir la raison d’intérêt publique majeur. L’argumentaire présenté dans le dossier d’incidence Natura 2000 est basé sur une soi-disant interdépendance entre le recours aux énergies renouvelables et aux énergies fossiles (figure de la page 93). Or :

 

(1) la simultanéité des pics et des creux observés sur cette figure entre ces deux types d’énergie est loin d’être parfaite avec un décalage sur les premier et pas sur le second,

 

(2) et les variations du recours au gaz s’expliquent bien mieux par les fortes variations du prix du gaz avec une diminution après 2014 qui explique l’augmentation du recours à cette énergie puis une augmentation en 2018 qui explique sa diminution.

 

Ainsi la démonstration selon laquelle ce projet permettrait à la région PACA d’atteindre la neutralité carbone n’est pas faite et l’on peut raisonnablement penser que ces trois éoliennes viendront s’ajouter aux productions d’électricité à partir d’énergie fossile, en y rajoutant le bilan carbone de leur cycle de vie. Faute de véritable transition énergétique, on aura, comme le montre si bien Jean-Baptiste Fressoz, une addition énergétique, l’énergie des éoliennes venant s’ajouter à l’énergie déjà produite par les centrales à gaz. Pas de réduction des émissions de GES en valeur absolue à attendre de ce côté-là.

 

Les mesures de la séquence « Eviter, Réduire, Compenser » sont très insuffisantes aux regards des enjeux et des impacts identifiés

 

Mesures de réduction

 

Concernant les mesures de réduction, la mesure MR19 entretient un flou préoccupant en ne détaillant pas le système d’effarouchement qui sera installé sur les éoliennes. Il est pourtant bien connu que (i) les oiseaux ont des réponses très variées selon les espèces aux dispositifs d’effarouchement et que (ii) ils s’habituent rapidement à ces dispositifs. Il est inquiétant qu’après tant d’années de travail sur ce projet, le porteur de projet ne soit pas en mesure de décrire un dispositif crédible permettant de se faire une idée de son efficacité. Par ailleurs, alors que le projet est « expérimental », la mesure de reduction MR20 statut que l’arrêt programmé d’une machine pour limiter les collisions dans le cas d’un fort passage migratoire détecté par radar ne se fera que dans la limite maximale de 50 heures par an, limite arbitraire qui n’est justifié par aucune considération technique ou écologique. Que se passera-t-il si l’intensité des passages demande d’arrêter les machines pour un nombre d’heures plus élevé ?

 

En conséquence, le dossier soumis à l’enquête publique, et notamment son étude d’impact, qui aurait dû apporter des éléments de réponse satisfaisants et proportionnés aux observations formulées par le recours et l’avis du CNPN peut être considéré à ce seul titre comme incomplet et insatisfaisant.

 

Mesures compensatoires

 

Ce dossier, contrairement au précédent prend acte que les trois éoliennes occasionneront une mortalité importante qui nécessite donc des mesures compensatoires. Et si la mise en place de mesures compensatoires est le principal développement de cette nouvelle mouture du dossier, nous considérons que celles proposées ne compensent pas les impacts prévisibles du projet. Il en est de même des mesures d’accompagnement qui du fait de leur emprise trop réduite ne pourront permettre d’évaluer correctement les impacts résiduels comme le relève l’avis des parcs nationaux.

 

Une localisation du projet incompatible avec les enjeux patrimoniaux existant

 

Comme nous le mentionnions déjà dans notre précédent avis, une étude de juin 2017 réalisée par la Ligue pour le Protection des Oiseaux pour le compte du Ministère chargé de l’Environnement et de l’ADEME, préconise d’éviter l’implantation d’éoliennes dans les sites Natura 2000/ZPS en raison d’une mortalité accrue sur ces périmètres qui abritent de forts enjeux avifaunistiques. Ce projet, dont la localisation a été choisie inexplicablement par l’Etat dans le cadre de l’appel à projets, est donc en contradiction frontale avec cette préconisation.

 
Camargue, Flamand, Marais, Camargue
 

En conclusion, nous formulons un avis très défavorable à ce projet, du fait :

 

1. de sa situation dans un espace naturel remarquable (la Camargue) dont la vocation première n’est pas d’accueillir des projets industriels lourds, a fortiori classé en site Natura 2000 en mer/ZPS;
2. de la sous estimation des impacts sur la biodiversité ;
3. de l’absence d’application du principe de précaution ;
4
. de l’absence de mesures adaptées et détaillées, au titre de l’évitement et de la réduction des impacts, de la compensation et de l’accompagnement environnemental du projet.

 

Contrairement à ce que mentionne le maître d’ouvrage du projet éolien, toutes les mesures actuellement retenues dans son dossier sont insuffisantes et insuffisamment détaillées .

 

S’il s’avérait que ce projet pouvait effectivement permettre de réduire les émissions nettes de GES, alors il devrait être réalisé dans un secteur où son implantation ne rentrerait pas en contradiction avec les objectifs et engagements de la France en terme de conservation de la biodiversité.

 

 

Contournement autoroutier : lancement de l’alter-concertation le 10 décembre 2020

Le processus de concertation sur le contournement autoroutier d’Arles vient d’être lancé par la DREAL.

 

Ce processus se limite trop souvent à un simple assentiment de la population et une promotion de l’intérêt du projet.

 

Refusant ce processus biaisé, Nacicca se mobilise aux côtés de Changeons d’Avenir pour participer à une alter-concertation, en faveur de plus de démocratie sur le territoire d’Arles.

 

Des visio-conférences sur le site www.changeonsdavenir.org seront organisées à la veille de chaque réunion thématique de la DREAL. Les grands enjeux seront décryptés pour permettre à chaque citoyen d’avoir les outils pour intervenir dans le débat le lendemain

 

Lors de la première intervention de cette alter-concertation jeudi 10 décembre 2020 de 18h30 à 20h sur le thème des transports interviendront :

 

  • Stéphane Coppey, président de FNE 13, ancien conseiller transport du conseil régional et ancien président de Tisséo,
  • Jean-Marc Rocchi, président de Pays d’Arles en Transition et membre du conseil de développement du pays d’Arles.

 

Le but sera de décrypter les éléments techniques abordés, notamment sur la question des flux et des déplacements :

 

  • Qui emprunte l’actuelle RN113 ?
  • Quelles sont les projections en terme de flux dans les années à venir et leur impact, avec ou sans le projet autoroutier ?
  • Quel est le projet économique sous-jacent ?
  • Comment vont se reporter les flux de circulation avec une autoroute ?
  • Comment aborder différemment la question des transports ? 

 

Les auditeurs pourront poser leurs questions par chat durant la visio-conférence, en se connectant à partir de 18h30 au site http://www.changeonsdavenir.org.

 

La concertation publique « officielle », quant à elle, a débuté le 2 décembre 2020 et se tiendra jusqu’au 31 janvier 2021.
 

 

Vous pouvez vous inscrire aux réunions publiques, thématiques et géographiques ainsi qu’aux permanences en remplissant le formulaire à l’adresse suivante :

 

Vous pouvez aussi donner votre avis au travers des registres:

 

Pôle services publics d’Arles, 11 rue Parmentier, à la Direction de l’Aménagement du Territoire, du lundi au vendredi de 9h à 12h et de 14h à 16h30 
• Services techniques de Saint-Martin-de-Crau, 37 avenue de Plaisance, les lundi et vendredi de 8h30 à 12h et de 13h30 à 16h30
ou bien Déposer vos contributions sur internet en remplissant le formulaire à l’adresse suivante : https://www.contournementarles.com/exprimez-vous

Pas d’éolien flottant en Camargue !

Nacicca a participé à l’enquête publique sur un projet d’éoliennes flottantes au large de la Camargue. Nous expliquons ici pourquoi nous ne pouvons accepter ce projet en l’état.

 

Une étude d’impact qui minore les impacts sur la biodiversité marine et en particulier sur les oiseaux

 

Ce projet industriel de parc éolien offshore flottant se situe au large de la Camargue, zone humide dont la richesse avifaunistique est reconnue à l’échelle internationale et a justifié les nombreux statuts de protection qui lui sont attachés. Reconnue par la diversité de son avifaune reproductrice, elle se situe en outre sur un axe majeur de migration pré- et postnuptiale où transitent et hivernent des dizaines de milliers d’oiseaux de nombreuses espèces majoritairement protégées et dont certaines présentent une forte valeur patrimoniale en raison de leur statut d’espèces rares et menacées. Cette richesse ornithologique est d’ailleurs confirmée par l’étude d’impact du maître d’ouvrage : au moins 41 espèces d’oiseaux protégés, sédentaires ou estivantes, dont certaines à très forte valeur patrimoniale et menacées, sur les 44 inventoriées sur la zone d’implantation;
nombreuses autres espèces migratrices, également largement protégées et très concernées par les divers impacts potentiels ou avérés, comme le souligne par ailleurs le Conseil scientifique du PNR Camargue.

 

Si la zone d’implantation est utilisée toute l’année par de très nombreuses espèces animales, de groupes taxonomiques différents (oiseaux, mammifères marins, tortues marines, poissons, etc.) pour y accomplir tout ou partie des différentes phases de leurs cycles biologiques annuels, l’étude d’impact ne pouvait mettre en évidence qu’une partie infime des enjeux en place. En effet, la distribution et l’abondance des espèces animales en mer présentent une grande variabilité spatiale journalière, saisonnière et annuelle que des visites mensuelles sur une ou deux années ne peuvent détecter.
Pour ne prendre que deux exemples, que penser des effectifs d’oiseaux d’eau et terrestres comptés sur le site d’implantation quand on connaît le caractère explosif des passages migratoires et qu’il n’est pas rare de multiplier par un facteur 100 ou 1000 les effectifs en migration d’un jour sur l’autre. Les probabilités de tomber sur un pic de migration avec une visite tous les 30 jours sont bien faibles et une prospection mensuelle ne peut que sous-estimer les effectifs en présence. De même, que penser des effectifs de sternes caugeks recensés sur le site d’implantation du projet en 2012 et 2013 alors qu’aucun couple nicheur n’était observé en Camargue en 2012 et seulement 30 couples nicheurs étaient recensés en 2013. Combien de sternes caugeks auraient été observées sur le site d’implantation en 2008 quand 1330 couples nicheurs étaient recensés en Camargue et en 2017 avec ses 1230 couples nicheurs ?

 

Il n’est alors par étonnant que l’avis de l’Autorité environnementale du conseil général de l’Environnement et du Développement durable (CGEDD) souligne les enjeux importants liés à la biodiversité et recommande :

– des études complémentaires sur l’avifaune,
de reprendre l’évaluation des incidences Natura 2000,

– que le maître d’ouvrage s’engage à mettre en place des mesures (dûment détaillées et opérationnelles, ce qui n’est pas le cas dans le dossier soumis à l’enquête publique) d’évitement, de réduction et, le cas échéant, de compensation, à la hauteur des enjeux et des impacts.

 

Ces observations de l’Autorité environnementale (reprises également dans les avis de plusieurs autres services ou institutions, comme l’AFB ou le PNR de Camargue) signifient que l’étude d’impact présente une faiblesse sur tous ces points essentiels.

 

L’étude d’impact soumise à la présente enquête publique et, surtout, ses pièces complémentaires (mémoires en réponse aux avis) n’apportent aucune réponse satisfaisante à ces insuffisances dûment identifiées. A titre d’exemple, l’expertise avifaunistique de Natural Power (septembre 2018) ne fait au contraire que confirmer la richesse ornithologique des lieux et les risques réels d’impacts de natures diverses, difficiles à évaluer (dérangement, dégradation de l’habitat, collisions, effet barrière et attractivité lumineuse ne pouvant qu’aggraver la situation).

 

Ainsi, les auteurs reconnaissent que les éoliennes flottantes pourront jouer le rôle de Dispositif de Concentration de Poissons (DCP) et n’y voient qu’un effet positif pour les mammifères marins. On peut alors s’étonner qu’ils omettent les fortes probabilités que ces concentrations de poissons seront à même d’attirer les oiseaux piscivores avec le double effet d’augmenter les effectifs sur la zone d’emprise et les risques de collision.

 

Un principe de précaution bafoué

 

D’une manière générale, la littérature scientifique démontre qu’il n’y a quasiment pas de corrélation entre les prévisions initiales de mortalité causées par les éoliennes (dans le cadre d’une étude d’impact par exemple) et les mortalités réelles constatées a posteriori. Les raisons sont à mettre en relation avec soit un manque de méthode fiable et standardisée pour réaliser les évaluations initiales, soit des hypothèses trop optimistes, ou encore avec l’absence de prise en compte de paramètres réellement peu prévisibles. En clair, les impacts sont hélas toujours plus élevés que ceux envisagés dans les dossiers des maîtres d’ouvrages.

 

Avec de nombreuses incertitudes sur la fréquentation réelle de la zone d’emprise, notamment par les oiseaux au regard de la richesse et des abondances observées en Camargue, et sur une possible fréquentation augmentée une fois les éoliennes installées (attractivité des sources lumineuses et DCP), la prise en compte des enjeux et des impacts apparaît largement sous-estimée dans l’étude d’impact.

 

En cela, elle bafoue le principe de précaution, adossé à la Constitution Française via la Charte de l’Environnement de 2005, qui stipule « Lorsque la réalisation d’un dommage, bien qu’incertaine en l’état des connaissances scientifiques, pourrait affecter de manière grave et irréversible l’environnement, les autorités publiques veillent, par application du principe de précaution et dans leurs domaines d’attributions, à la mise en œuvre de procédures d’évaluation des risques et à l’adoption de mesures provisoires et proportionnées afin de parer à la réalisation du dommage ».

 

Le dossier actuel soumis à l’enquête publique renvoie d’ailleurs à une définition ultérieure plus précise des mesures de suivis qui seraient alors transcrites dans les arrêtés d’autorisation (actuellement, ce ne sont que des « principes » grossièrement chiffrés). La légalité de cette démarche pose question et devrait au contraire être très détaillée et chiffrée dès le stade actuel de l’instruction, selon des protocoles clairs (comme cela se retrouve en général dans de nombreux dossiers du même type), afin d’éclairer les citoyens sur leur pertinence et leur faisabilité. Le dossier est donc également incomplet sur ce point.

 

Les mesures de la séquence « Eviter, Réduire, Compenser » sont très insuffisantes aux regards des enjeux et des impacts identifiés

 

Aucune mesure significative de la séquence ERC n’est proposée pour tenter d’éviter ou de réduire les impacts ! Notamment, si les risques de collision sont mentionnés et si les auteurs précisent que les retours d’expérience sur l’impact de parc éolien flottant sont peu abondants, notamment de nuit, leurs impacts éventuels sont systématiquement minorés : on connait peu le mode de déplacement nocturne des puffins mais ils volent bas, les sources lumineuses pourraient modifier leur comportement mais l’attractivité lumineuse des structures en mer n’est pas avérée …, la sensibilité des sternes à la collision sur les parcs éoliens offshore est généralement considérée comme moyenne mais le niveau d’impact est considéré comme faible à moyen…, la mouette mélanocéphale montre une forte sensibilité à la collision compte tenu de ses hauteurs de vol et peut être attirée par les structures flottantes mais le niveau d’impact est considéré comme faible à moyen…. ;

 

Si de nombreuses études font état des mortalités par collision des éoliennes, on ne peut qu’être surpris que les maitres d’ouvrage ne prévoient aucune mesure de réduction concrète, sur une ZPS au large de l’une des plus importantes concentrations d’oiseaux de France, autre qu’un suivi lors de la phase de fonctionnement, sans aucune autre précision, ou de sensibiliser les pilotes afin de réduire les dérangements de la halte et du repos des puffins !

 

En conséquence, le dossier soumis à l’enquête publique, et notamment son étude d’impact, qui aurait dû apporter des éléments de réponse satisfaisants et proportionnés aux observations formulées par les services et autorités diverses peut être considéré à ce seul titre comme incomplet et insatisfaisant.

 

On note en particulier une absence totale de mesures compensatoires. Les mesures de suivis apparaissent comme très insuffisantes sur le volet « biodiversité » avec des protocoles insuffisamment définis ; on peut même s’interroger sur leurs pertinences pour tirer de réels enseignements alors que c’est l’objet même d’un projet pilote! Par exemple, l’une des mesures pour le suivi de l’avifaune (360 k€ pour des visites en bateau) au regard du protocole envisagé (12 sorties par an) n’apportera rien de concret sur les impacts réels et donc sur les mesures correctives à adopter. Il semble bon ici de signaler que des dispositifs de suivi automatisés en continu existent, notamment pour mesurer les collisions. Pour rappel, la récente loi sur la biodiversité (août 2016) qui a renforcé le dispositif de la séquence « ERC », codifiée dans le code de l’environnement, mentionne notamment (article L.163-1 et suivants) : « si les atteintes ne peuvent être évitées, réduites ou compensées, de façon satisfaisante, le projet n’est pas autorisé en l’état ».

 

Absence de demande de dérogation au titre des espèces protégées

 

L’Autorité environnementale du CGEDD souligne cette absence de demande de dérogation et indique clairement le risque juridique que cela peut entrainer. Cette procédure administrative est pourtant obligatoire.

 

A ce stade, il nous semble donc utile de rappeler, les termes des arrêtés ministériels sur les espèces animales protégées (mammifères marins, chiroptères et oiseaux, notamment) qui interdisent en particulier (sauf dérogation spéciale) :

-s’agissant des individus d’espèces animales protégées, sur le territoire métropolitain et en tout temps, leur destruction, leur mutilation ainsi que leur perturbation intentionnelle dans le milieu naturel ;

-s’agissant de leurs aires de repos et de leurs sites de reproduction, sur les parties du territoire métropolitain où l’espèce est présente, ainsi que dans l’aire de déplacement naturel des noyaux de population existants, leur destruction, leur altération ou leur dégradation.

 

De plus, la dérogation n’est possible, notamment pour des raisons impératives d’intérêt public majeur (y compris de nature sociale ou économique), qu’à condition qu’il n’existe pas d’autre solution satisfaisante et que la dérogation ne nuise pas au maintien des populations des espèces concernées (et il y en a de nombreuses dans ce dossier!) dans un état de conservation favorable au sein de leur aire de répartition naturelle, base même de l’objectif du dispositif réglementaire (et communautaire).

 

Dans le cadre du présent dossier, avec un risque avéré de mortalité de spécimens de plusieurs espèces protégées sur la durée envisagée du projet (40 ans), ce sont des milliers voire des dizaine de milliers d’oiseaux de nombreuses espèces protégées qui peuvent être tués ou mutilés par collision (l’étude d’impact le constate elle-même, avec des niveaux d’impacts faible à moyen). De plus, lorsque le projet impacte des populations d’espèces en effectif très faible et/ou à l’habitat localisé (comme par exemple le Puffin yelkouan ou le Puffin des Baléares) et dont l’état de conservation est dégradé, il convient de considérer qu’il peut être impossible de compenser l’impact. Le dépôt d’une demande de dérogation ne saurait alors avoir d’issue favorable.

 

Absence d’avis conformes des Parcs Nationaux des Calanques et de Port-Cros

 

Malgré leurs demandes officielles, car le projet est susceptible d’altérer de façon notable leurs cœurs de parcs (par exemple, la destruction des puffins nichant sur leurs colonies reproductrices), nous nous interrogeons sur la légalité du refus non argumenté de la DDTM 13 (qui ne dispose d’ailleurs pas des compétences techniques et scientifiques requises en la matière) dans le rapport de clôture du 26 juillet 2018, de saisir les Conseils d’Administration de ces établissements publics.

 

Une localisation du projet incompatible avec les enjeux patrimoniaux existant

 

Il est totalement inclus dans un site Natura 2000 en mer (en tant que ZPS au titre de la directive « Oiseaux » de l’Union Européenne). L’étude d’impact conclut elle-même à cette réalité, incontestable, mais le maitre d’ouvrage n’en retire aucun enseignement et ne justifie à aucun moment l’impossibilité de déplacer son projet dans un espace de moindre enjeu environnemental, ce qui n’est pas acceptable.

 

Pourtant, une étude récente publiée en juin 2017, soit antérieure à la présente enquête publique, réalisée par la Ligue pour le Protection des Oiseaux pour le compte du Ministère chargé de l’Environnement et l’ADEME, préconise d’éviter l’implantation d’éoliennes dans les sites Natura 2000/ZPS en raison d’une mortalité accrue sur ces périmètres par nature à forts enjeux avifaunistiques. Ce projet, dont la localisation a été choisie inexplicablement par l’Etat dans le cadre de l’appel à projets, est donc en contradiction frontale avec cette réalité.

 

En conclusion, nous formulons un avis très défavorable à ce projet, du fait :

 

1. de sa situation dans un espace naturel remarquable (la Camargue) dont la vocation première n’est pas d’accueillir des projets industriels lourds, a fortiori classé en site Natura 2000 en mer/ZPS;
2. de la minoration des impacts sur la biodiversité ;
3. de l’absence d’application du principe de précaution ;
4. de l’absence d’une demande formelle de dérogation au titre des espèces protégées ;
5. de l’absence d’avis conformes des parcs nationaux des Calanques et de Port-Cros (qui en avaient pourtant fait la demande officielle) ;
6. de l’absence de réponses satisfaisantes aux divers avis officiels joints à l’enquête publique ;
7. de l’absence de mesures adaptées et détaillées, au titre de l’évitement et de la réduction des impacts, de la compensation et de l’accompagnement environnemental du projet. Contrairement à ce que mentionne le maitre d’ouvrage du projet éolien, toutes les mesures actuellement retenues dans son dossier sont insuffisantes et insuffisamment détaillées (ce qui n’est pas le cas pour les mesures identifiées au titre du raccordement RTE).

 

Ce projet expérimental (qui est également un projet industriel lourd), qui devrait également être exemplaire sur le plan juridique (ce qui n’est pas le cas) doit se réaliser dans un secteur de moindre enjeu, notamment écologique.

 

Si ce n’était pas le cas, notre association n’hésiterait pas à le contester par la voie juridique.

Communiqué de presse sur l’Ecobuage

Découvrez le communiqué de presse de NACICCA à propos du brûlage des pailles de riz, véritable fléau pour l’environnement et la santé humaine :

 
 
 
JANVIER 2018
 

Brûlage des pailles de riz en Camargue :
une pratique inutile, nuisible pour l’environnement et pour la santé

 
 

Comme chaque automne après la récolte, le ciel de Camargue est assombri par les fumées des pailles de riz. L’écobuage, pourtant interdit en France, fait ici l’objet d’une dérogation. Pratique agronomiquement illogique, il génère de plus une pollution atmosphérique impactante pour la santé humaine. Sur un territoire caractérisé par un climat méditerranéen qui exacerbe les problèmes respiratoires, à proximité de la zone industrielle du Port autonome de Marseille qui génère 75 % des micro-particules de PACA, NACICCA réclame la fin de cette pratique d’un autre temps. Mal encadré, l’écobuage provoque chaque année des dizaines d’interventions des pompiers, avec un coût pour la collectivité que personne ne veut mesurer. Des mesures agro-environnementales climatiques (MAEc) existent pourtant pour aider les riziculteurs à mettre en place d’autres pratiques plus respectueuses et plus efficaces.


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