Les tribulations de l’Outarde canepetière

Une espèce protégée très menacée

 

Avec une chute des effectifs de 94 % entre 1978 et 2000, l’outarde canepetière est confrontée à un risque élevé d’extinction sur le territoire national. Cet oiseau de plaine est principalement présent dans le centre ouest et sur le pourtour méditerranéen français. Parce qu’elle est fortement menacée par l’intensification agricole, l’urbanisation et le développement de nouvelles infrastructures, deux plans nationaux d’actions1 (PNA) ont été mis en œuvre, afin d’éviter le pire.

 

Le premier PNA mené entre 2002 et 2006 n’a pas porté ses fruits et laisse de nombreuses incertitudes quant à l’avenir de l’Outarde. Bien que 75_% des effectifs nationaux de cet oiseau soient en principe protégés par des zones de protection spéciale2 (ZPS), les projets d’aménagement dans ces zones continuent à représenter une véritable menace. Pourtant, les objectifs du PNA renouvelé (2011-2015) sont clairs ; il faut redoubler d’efforts pour la sauvegarde de l’outarde en garantissant par exemple le maintien des populations en Crau et dans le Languedoc-Roussillon. Le PNA préconise ainsi une véritable gestion des ZPS concernées par des infrastructures et une intervention des services de l’état dans les projets d’aménagement qui affectent des sites fréquentés par les outardes. Dans les faits, l’État fait très souvent preuve de schizophrénie en impactant là où le PNA qu’il finance recommande de ne plus aménager ! Ces plans coûtent pourtant des centaines de milliers d’euros aux contribuables …

 

Fiche d’identité

 

Des paroles et des actes : Des contradictions entre le PNA et la réalité du terrain

 

 

Actions et axes annoncés dans le PNA
Projets autorisés par l’Etat
ACTIONS : N°5. «Veiller à la prise en compte des enjeux de conservation de l’outarde dans les études et procédures à l’amont des décisions de principe de réalisation d’un projet d’aménagement»

 

N°18. «Sécuriser une gestion foncière adéquate et pérenne»

À Aimargues (Gard), l’État a autorisé sur 27 hectares (ha) la construction d’un lotissement, sans qu’aucun inventaire de faune ne soit réalisé. La population nicheuse d’Outardes du site a vu son habitat détruit sans la moindre compensation.

AXE : N°6. «Intervenir dans les projets d’aménagements (par exemple_: urbanisation, création de lignes électriques, construction d’ouvrages routiers et ferroviaires, développement de parcs éoliens, de champs photovoltaïques…) afin d’éviter leur apparition dans les sites fréquentés par les outardes, ce qui pourrait aggraver la situation de l’espèce ou réduire à néant les efforts consentis auparavant»

ACTIONS_: N°18. «Sécuriser une gestion foncière adéquate et pérenne»

À Calissanne (Bouches-du-Rhône), l’État a autorisé un projet de centrale photovoltaïque sur 35 ha d’habitats de reproduction et d’hivernage de l’Outarde. Alors que le projet a été annulé par le tribunal, l’État a fait appel de cette décision de justice
L’État a autorisé la construction de la ligne TGV Montpellier-Nîmes qui a occasionné la perte de 2800 hectares d’habitats de l’outarde canepetière, en traversant le cœur de la ZPS des Costières nîmoises, où vivaient près d’un quart des effectifs français.

AXE_: N°3. «Travailler avec les autorités militaires et de l’aviation civile pour conserver voire améliorer les conditions d’accueil des outardes sur les aérodromes, aéroports et camps militaires»

ACTIONS_: N°14. «Soutenir des mesures de gestion des espaces enherbés sur les terrains d’aviation»

Depuis plusieurs années, des arrêtés ministériels autorisent le tir d’outardes à l’aéroport de Marignane, afin d’éviter tout incident aérien.
Les mesures d’évitement et de réduction proposées ne sont que partiellement mises en oeuvre et aucune mesure de compensation au tir n’a été envisagée.

ACTIONS : N°6. «Mettre en œuvre des mesures d’évitement, de réduction pour éviter de devoir compenser les impacts des projets»

N°13. «Maintenir les milieux agro-pastoraux en Crau»

N°15. «Renforcer l’opérationnalité du réseau de ZPS en tenant compte des populations hors ZPS»

L’État continue à autoriser la construction d’entrepôts logistiques à Saint Martin de Crau (Bouches-du-Rhône), sur des zones de reproduction historiques de l’Outarde, sans que les effets cumulés des nombreux projets soient pris en compte.

 


1. Il s’agit de documents d’orientation qui visent à définir les actions nécessaires à la conservation et à la restauration des espèces les plus menacées afin de s’assurer de leur bon état de conservation.

 

 

2. Ce sont des zones qui servent d’aires de reproduction, de mue, d’hivernage ou de zones de relais à des oiseaux migrateurs. Les ZPS permettent la conservation de nombreuses espèces d’oiseaux.

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