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Les raisons de notre opposition au projet d’Autoroute en Camargue

Fin de l’enquête publique !

L’enquête publique préalable à la déclaration d’utilité publique du contournement autoroutier d’Arles s’est terminé le 2 janvier dernier.

 

Nous vous partageons notre contribution.

 

Préambule

 

L’association “Nature et citoyenneté Crau Camargue Alpilles”, NACICCA, est une association agréée de protection de l’environnement dans les Bouches du Rhône, fondée en mars 2007.Elle a pour vocation de protéger et défendre le patrimoine naturel et la qualité de vie liée à l’environnement des habitants de Camargue, de Crau et des Alpilles. A ce titre, elle suit l’évolution de ce dossier depuis sa création.

 

NACICCA s’oppose à ce projet d’autoroute. Nous pensons que les problèmes des habitantes et habitants du Pays d’Arles (pollution, risque d’accident, congestion routière associé à la saturation de la RN113) ne seront pas résolus par ce projet, comme le démontre la lecture du dossier d’étude d’Impact et l’avis de l’autorité environnementale. Dès lors, comment accepter qu’il faille détruire des écosystèmes et des milieux irremplaçables comme les laurons et les marais tourbeux de Raphèle, ainsi que toutes les espèces protégées qui les peuplent recensées sur l’emprise du projet.

Notre association est en outre extrêmement préoccupée par les impacts sociaux et économiques négatifs de ce projet (destruction d’un tissu d’exploitations agricoles, etc…).

 

Le dossier présenté pour l’enquête publique n’offre aucune des garanties attendues dans le cadre d’un tel projet :
1. Pas d’amélioration des conditions de vie des arlésiennes et arlésiens (augmentation du trafic dans les centres villes d’Arles et de Saint-Martin-de-Crau du fait du report);
2. Neutralité carbone du projet à 2030 non démontrée;
3. Zéro artificialisation nette impossible du fait de la faiblesse des mesures compensatoires disponibles.

 

Nous détaillons ci-dessous les raisons de notre opposition. Notre contribution va tout d’abord aborder les différents objectifs et lignes directrices du projet, mentionnés page 10 de la notice explicative du dossier.

 

Analyse des objectifs du projet

 

 

L’objectif premier du contournement, si l’on en croit la numération des objectifs, est de “contribuer à un réseau de transport national et européen fiable (…) au bénéfice de la connectivité multimodale des pôles économiques régionaux”. C’est bien l’objectif de tout projet autoroutier de favoriser les déplacements longue distance en fournissant des infrastructures adéquates. Cette autoroute vise à remplacer une voie rapide à 2*2 voies (RN 113) par une autre infrastructure à 2*2 voies, voire 2*3 voies sur une courte section, aux normes autoroutières. Nous considérons que le projet réalise cet objectif. Il s’inscrit dans la lignée des projets autoroutiers de Fos-Salon et de Martigues/Port-de-Bouc, afin de favoriser le passage de marchandises depuis et vers la zone industrialo-portuaire de Fos-sur-Mer. Toutefois la création de ces barreaux autoroutiers supplémentaires va favoriser le fret routier au détriment du fret ferroviaire et fluvial.
Au XXIe siècle, au vu des crises climatiques et de la biodiversité et des engagements de la France, on aurait attendu des pouvoirs publics et des élus locaux une vision un peu plus inspirée que ce choix d’infrastructures issu d’un logiciel proche de celui des “trente glorieuses”.

 

 

L’objectif n°2 est “d’améliorer les déplacements du quotidien et la sécurité des usagers locaux.”. Le trafic sur la RN113 au droit du pont sur le Rhône est régulièrement considéré comme le chiffre faisant foi. Dans l’étude de trafic du CEREMA fournie dans le dossier, la situation actuelle est définie par le niveau de service du réseau à l’année 2017. Le trafic était estimé à 74 700 veh/jour dont 10% de poids-lourds. On peut distinguer deux types de trafic sur la RN113, le transit (environ 43 000 veh/jour) et les échanges locaux (environ 32 000veh/jour). Il est à noter que la DIRMED, gestionnaire de cet axe routier, dans un comptage réalisé en juin 2024, obtient un trafic moyen journalier de 71 070 veh/jour.
En situation de projet, contournement + requalification basique de la RN113 en 2*1 voies, les projections de trafic présentées page 106 du dossier sont particulièrement parlantes pour l’évolution du trafic local. Si près de 43 000 véhicules basculent sur l’autoroute, il reste toujours 32 100 veh/jour sur le pont de la RN113, devenue un axe à 2*1 voie avec limitation de vitesse à 50 km/h accompagnée de feux tricolores. Le seuil de gêne pour une infrastructure routière de ce type est de 15 000 veh/jour. Il y a aujourd’hui près de 4 000 véhicules en heure de pointe le matin ou le soir.

 

 

En gardant les proportions de trafic local, on peut estimer à environ 1 600 veh/h en heures de pointe sur cet axe, alors que le seuil de circulation dense est de 1 100 veh/h sur une 2*1 voie. Cet axe de circulation restera donc particulièrement dense ou congestionné pour les usagers locaux. Cela aura pour effet de reporter une partie de cette circulation sur le pont de Trinquetaille. Les estimations prévoient 13 600 veh/jour contre 10 000 aujourd’hui, soit 36% d’augmentation. Ces véhicules passant préalablement dans le cœur de Trinquetaille ou sur le boulevard Gambetta et les axes du centre-ville. Un fort report de trafic est également prévu dans Pont de Crau, le trafic passant de 14 000 à 19 800 veh/jour dans le cœur du quartier. Dans le sillage de la RD35, une hausse de circulation est prévue à Raphèle et à Saint-Martin-de-Crau. Cette commune verra passer 3 600 veh/jour supplémentaires sur l’avenue principale. Dans le village de Mas-Thibert, même constat, une hausse de 1 300 à 2 500 veh/jour. Il est donc indiqué une augmentation du temps de trajet pour les déplacements locaux d’un côté à l’autre du Rhône.

 

 

Cet important report de trafic sur le réseau secondaire aura nécessairement un impact sur la sécurité qui n’est pas étudié dans les documents présentés. Les chiffres de l’observatoire de la sécurité routière (https://www.onisr.securite-routiere.gouv.fr/cartographie-des-accidents-metropole-dom-tom) indiquent que les axes du réseau secondaire sont les plus accidentogènes du territoire de l’agglomération Arles-Crau-Camargue-Montagnette. Faire passer davantage de véhicules sur ces axes ou en cœur de village ne va pas améliorer la situation, bien au contraire. Sur la base de ces éléments, qui montrent une divergence avec l’objectif n°2, serait-il possible que le porteur du projet nous explique comment il compte répondre à ces problématiques ?

 

 

 

 

L’objectif n°3 du projet est d’améliorer la qualité de vie des riverains de la RN 113 des communes d’Arles et de Saint-Martin-de-Crau. Tout d’abord, la situation est loin d’être dramatique comme on peut l’entendre si souvent. Dans le résumé non technique de l’étude d’impact (partie E1B, annexe 1), il est mentionné page 37 en état initial “Ainsi sur la base de ces éléments, la qualité de l’air dans la zone d’étude située à proximité du projet peut être qualifié de globalement bonne à l’exception de secteurs très localisés, situés en bordure de la RN113”. Pire, dans cette même page, il est noté “qu’à l’état projeté en 2028, une augmentation des concentrations en polluants en centre-ville d’Arles et un dépassement des normes de la qualité de l’air pour le dioxyde d’azote sont constatés. Il est néanmoins important de noter que l’augmentation des concentrations en polluants dans le centre-ville d’Arles est liée à l’effet indirect de la requalification de la RN113”. Or cette requalification de la RN113 dépend directement du projet autoroutier. Cette augmentation attendue de la pollution serait donc l’effet du projet autoroutier. En complément, l’étude Air (partie E6 page 130) présente l’évolution des émissions en dioxyde d’azote en situation de projet. On constate une augmentation supérieure à 50% sur de nombreux axes arlésiens (avenue de Camargue, avenue Dr Morel, pont de Trinquetaille, boulevard Gambetta, boulevard des Lices, route de Crau, avenue Vissac). D’autres avenues subiront également une augmentation d’émissions de NO2.

 

 

Concernant les nuisances sonores, il est fait mention que “L’état initial acoustique a permis d’identifier les zones situées dans une ambiance sonore préexistante modérée et celles dans une ambiance sonore préexistante non modérée. Le centre-ville d’Arles et la frange sud- est de Saint Martin de Crau apparaissent comme particulièrement exposés au bruit”. Des secteurs non équipés de murs anti-bruit. Si le déport de 40 000 veh/jour va réduire les nuisances sonores, elles ne vont pas pour autant disparaître ou même être divisées par deux. L’étude acoustique (partie E6) fait totalement abstraction des effets de reports de trafic en centre-ville. A croire que seuls les véhicules utilisant la RN 113 font du bruit. Il est prévu +36% de circulation sur le pont de Trinquetaille et donc en contrebas de celui-ci devant la place Antonelle ou le boulevard Gambetta par exemple. Il est ainsi difficile de croire aux cartes de courbes isophoniques de gain acoustique présentées (gain de 10 à 15 db dans le cas de ces exemples, page 106) Comme mentionné dans l’état initial, à l’exception de secteurs très localisés aux abords de laRN113, le projet autoroutier sera loin de résoudre les problèmes de pollution du centre-ville ou les nuisances sonores de certains quartiers, voire même les aggravera, en particulier pour les émissions de NO2.
Nous considérons que cet objectif ne sera absolument pas atteint.

 

 

L’objectif 4 prévoit de contribuer au dynamisme socio-économique du Pays d’Arles. Dans les documents fournis, cet aspect est régulièrement mentionné, sans qu’aucune justification en terme de « développement local » ne soit jamais étayée ni argumentée, si ce n’est la fonction autoroutière qui elle, étant la justification première du projet, sert les intérêts de la zone industrialo-portuaire de Fos-sur-mer, mais en aucun cas ne participe au développement de la zone d’emprise du projet. Toutefois on entrevoit derrière cette infrastructure autoroutière le développement de la logistique et la construction de nouveaux entrepôts, symptômes de désindustrialisation et de délocalisation.

 

 

En examinant la section sur les compensations agricoles collectives, page 30, on constate que les 36 entreprises agricoles concernées directement par le projet représentent 206 emplois ETP (équivalent temps plein), soit 9% des emplois agricoles directs des communes d’Arles et de Saint-Martin-de-Crau. Six de ces sociétés verront leur projet économique remis en cause et 5 d’entre elles subiront un impact fort à très fort. Une estimation parle de la perte de 22 emplois ETP. Dans ce même document il est présenté une évaluation financière des impacts directs et indirects sur la production agricole de 1 914 833 € de préjudices par an. Enfin, des droits de péage vont impacter fortement les artisans du territoire et les habitants qui utilisent la RN 113 actuelle pour aller travailler sur Fos-sur-Mer, Nîmes ou vers Salon-de-Provence. Avec un pouvoir d’achat en baisse, pour ces habitants, il est à prévoir que ces personnes consommeront et investiront moins. Sur la base de ces éléments nous nous interrogeons sur l’absence de modélisation économique de l’impact du contournement sur le tissu des PME locales. Aurions-nous raté quelque chose ?
Serait-il possible que l’État nous explique sur quel logiciel il a pu montrer une plus-value pour un développement économique durable de notre territoire dans ce projet ?

 

Analyse des lignes directrices du projet

 

 

La première ligne directrice est de “prendre en compte les enjeux d’émissions de GES et les effets du changement climatique”. Pourtant, le rapport présent dans l’étude d’impact (partieE6 Evaluation GES) sur l’évaluation des émissions de gaz à effets de serre est très clair : « le projet de CAA génère sur l’ensemble des phases et sur 50 ans, +5% d’émissions de GES additionnelles ». Le solde positif du projet est de 476 146 tonnes équivalent CO2.Non seulement la construction sera particulièrement émettrice de GES, représentant 82% des émissions additionnelles, mais le rapport indique clairement que le projet générera une augmentation des émissions liées au trafic routier. Deux effets négatifs engendreront des émissions supplémentaires de GES directes pour l’autoroute : (1) l’augmentation du kilométrage parcouru et (2) la modification des vitesses par tronçon, provoquant l’éloignement de la plage de vitesse optimale. Mais là aussi, les études se bornent à la seule comparaison RN113 / future A54, sans prendre en compte les reports de trafic sur le réseau secondaire ni sur l’allongement de ces futurs trajets locaux.

 

De plus, toute nouvelle route incite à aller toujours plus loin et induit une hausse du trafic à moyen terme. C’est le trafic induit, fortement documenté ces dernières années. L’Autorité environnementale recommande depuis 2019 de mieux prendre en compte ce phénomène dans les évaluations des émissions de GES. Nous n’en avons pas trouvé trace dans l’étude présentée.

 

 

Enfin, il est étonnant de ne voir nulle part mentionnées les émissions dues à la destruction de plusieurs hectares de marais tourbeux, du côté de Raphèle notamment. Ne serait-ce pas un oubli gênant pour la crédibilité des modèles utilisés pour estimer l’atteinte de la neutralité carbone du projet ?

 

L’État français est signataire de plusieurs accords internationaux concernant les réductions de la pollution de l’air et des gaz à effets de serre (GES). L’objectif national (SNBC) est de réduire les émissions de GES de 40% en 2030 par rapport aux émissions émises en 1990.Nous sommes actuellement très en retard sur cet objectif. Le projet en lui-même, et plus globalement le modèle de développement que sous-tend ce projet sont intrinsèquement éloignés des objectifs qu’a pris la France en termes de réduction des GES et donc ne respectent pas cette ligne directrice. La ligne directrice 2 indique prendre en compte les enjeux de biodiversité, à la préservation du fonctionnement hydraulique et agricole du territoire.

 

Analyse des enjeux biodiversité

 

 

Si de nombreuses pages traitent ce sujet, la synthèse des enjeux et certains chiffres clés ne sont pas présentés. Par exemple, s’il est fait mention du nombre d’hectares d’habitats naturels présents dans l’aire d’étude immédiate, aucun chiffre précis n’est présenté pour évoquer la surface précise d’espaces naturels qui seront détruits par le projet. De même, il n’est pas mentionné le nombre total d’espèces protégées qui ont été recensées, il est juste fait mention d’espèces patrimoniales, concept nébuleux non pris en compte juridiquement et qui ne parle pas au grand public. Le projet de contournement autoroutier présenté artificialisera 201 ha et plus de 175 espèces protégées verront leurs populations affectées par ce projet selon les listes présentées.

 

Dans l’étude d’impact, le fichier E2a_Etat_initial indique que “les habitats sont remarquables et leur maintien est lié à celui de pratiques culturales et à une gestion hydraulique spécifique au secteur arlésien”. Il est mentionné que plusieurs habitats souffrent de fragmentation. Comment penser qu’en faisant passer une autoroute et en bouleversant la gestion hydraulique de certains secteurs cela va améliorer l’état de ces habitats naturels ?Nous notons qu’en comparaison des études de 2012, le bureau d’étude ne compte plus que sept habitats naturels d’intérêt communautaire, contre 10 précédemment, sans explications sur cette évolution. Nous pensons que ces habitats d’intérêt communautaire devraient d’ailleurs être considérés comme un enjeu “très fort” et non pas uniquement “fort”. Les différents inventaires réalisés entre 2019 et 2023 recensent 444 espèces pour la flore, 17espèces de mammifères terrestres ou semi-aquatiques, 20 espèces de chauves-souris, 141espèces d’oiseaux, 9 espèces d’amphibiens, 11 espèces de reptiles, 38 espèces de poissons et au moins 190 espèces d’insectes.

 

 

Cette richesse spécifique est impressionnante mais sans surprise, sur des milieux aux portes de la Camargue et de la Crau, régions internationalement reconnues pour leur biodiversité. Dans les évaluations des enjeux contextualisés, nous sommes surpris de certaines classification eu égard aux statuts de protection et aux états de conservations de ces espèces, par exemple : (1) la Loutre d’Europe retenue avec un enjeu fort, alors qu’il devrait être très fort; (2) le Molosse de Cestoni retenue avec un enjeu fort, alors qu’il devrait être très fort; (3) L’ensemble des espèces du groupe des pipistrelles indiqué à enjeu faible, alors que les commentaires sous-entendent un manque d’habitats propices pour ces espèces; (4) le Crapaud épineux retenu avec un enjeu faible, alors qu’il devrait être moyen, son état de conservation étant classé médiocre; (5) le Pélodyte ponctué retenu avec un enjeu moyen, alors qu’il devrait être fort au vu de son mauvais état de conservation.

 

De manière générale, la méthodologie utilisée pour l’évaluation des impacts est peu lisible et sa complexité masque un manque d’analyse rigoureuse des effets directs et indirects de ce projet sur des hotspots de biodiversité que sont la Crau et la Camargue. Notamment les facteurs correctifs utilisés pour transformer des ha en unités fonctionnelles ne semble pas cohérent. Si des modélisations élaborées mettent bien en évidence l’impact du tracé sur des populations d’Outarde canepetières, de Chiroptères dont le Grand Rhinolophe, nous regrettons que des modélisations équivalentes n’aient pas été menées pour nous convaincre du potentiels que les mesures compensatoires puisse réellement permettre l’absence de perte nette de biodiversité.

 

 

 

Analyse des mesures compensatoires

 

 

La localisation des mesures compensatoires est indiquée notamment dans le fichier E4b-Impacts_mesures_volume3, page 32. Nous sommes surpris de voir dans celle liste de sites les lieux suivants :
(1) Les anciennes Papèteries Étienne : un projet économique est en cours d’installation sur une partie du site (à l’ouest de la RD570) et un espace vert public est projeté par la municipalité de l’autre côté de la route. Etes-vous au courant de ces projets ?

 

(2) Le jardin des Avettes : coincé entre le canal du Vigueirat et la RD570N, ce site fait l’objet d’un projet municipal de base de loisirs et d’espaces verts. La mairie d’Arles a déjà engagé de nombreux frais d’études pour ce réaménagement et a récemment fait une demande de subvention pour les futurs travaux. Un tel site ne peut être considéré comme un espace de mesure compensatoire.

(3) Abords du canal du Vigueirat le long de la rocade : les projections mentionnent plusieurs habitats à recréer sur ce site, dont plusieurs zones en prairie mésophile. La plupart de ces zones identifiées pour créer ces prairies mésophiles sont des cultures existantes ou des prairies pâturées. Quelle est la pertinence de ce choix ?

(4) La chapelette en amont du Marais des Chanoines : entre la RN113 et la voie SNCF, un secteur de 50 ha, coupé en trois par la voie d’accès à Raphèle et la liaison RN568-RN113. Il est fait mention de la restauration de milieux humides ouverts dans la partie ouest boisée du site et d’une gestion pastorale privilégiée. Cette partie est coincée entre la RN113 actuelle et une voie d’accès, la libre évolution du site à cause de sa difficulté d’accès fait qu’il se ferme. Au vu de sa position, on peut se demander si restaurer les milieux ouverts humides de ce site est pertinent.

(5) Le mas abandonné de Sainte-Luce : quel est l’intérêt de mener des actions de compensation pour les chauves-souris dans un mas abandonné qui se situera à 5md’une autoroute ?

(6) Le mas de Châteaufort est également cité pour la création de gîtes à chiroptères, mais celui-ci, racheté récemment, fait actuellement l’objet de travaux de restauration.

Ces différents exemples montrent que les mesures de compensation évoquées dans le dossier n’ont pas fait l’objet de mises à jour ou d’échanges avec les acteurs locaux. Le dossier affirme, de façon prématurée, que « les éléments présentés dans ce dossier démontrent la capacité du territoire à accueillir la compensation liée au projet de contournement autoroutier d’Arles », nous remettons donc en question cette affirmation.
De plus, les mesures compensatoires proposées pour les zones humides sont fragmentées et de faible surface en moyenne (moins de 50 ha). De l’aveu même des porteurs de projet, le dossier présenté ne permet pas d’identifier suffisamment de milieux naturels à restaurer pour compenser les impacts irréversibles sur des milieux uniques en leur genre.

 

L’additionnalité (ou plus-value) écologique des mesures compensatoires est faible, les terrains identifiés étant de qualité écologique déjà moyenne, ce qui ne permet pas de désartificialiser de vastes secteurs permettant les gains écologiques nécessaires pour atteindre le zéro perte nette de biodiversité.
Nous constatons enfin l’absence d’une analyse globale des effets cumulés des projets d’infrastructures en discussion dans le delta du Rhône. Dans un contexte de multiplication des projets – routiers, énergétiques ou industriels – l’absence de vision d’ensemble empêche toute évaluation sérieuse de la capacité du territoire à absorber et compenser les impacts écologiques. Elle limite également la capacité du public et de la communauté scientifique à appréhender les conséquences réelles des choix d’aménagement. Nous pensons en particulier au projet de ligne électrique THT porté par RTE. Ces pressions entraînent ensemble un appauvrissement de la diversité des écosystèmes et leur régression généralisée, une baisse des populations de la faune et de la flore, une baisse de la richesse spécifique des écosystèmes, la perte de fonctions écosystémiques et de résilience, ce qui in fine risque de nous confronter à de nouveaux risques.

 

 

Analyse des impacts agricoles

 

 

Ce projet est destructeur pour la résilience alimentaire du territoire face au changement climatique. Ce sont 36 exploitations qui seront directement impactées par le contournement. Ces exploitations représentent plus de 150 ha sur le tracé autoroutier et participent à la production d’une agriculture nourricière pour le territoire mais aussi au niveau national, notamment du fait de l’importance des grandes cultures : riz, blé dur et blé tendre, tournesol, foin de Crau, fourrage et luzernes, céréales et oléo-protéagineux, mais aussi cultures légumières de pleins champs (tomates, melons et pommes de terre) parfois en rotation avec des céréales. D’autres exploitations impactées sont principalement viticoles ou en arboriculture tandis que certaines pratiquent l’élevage de taureaux Camargue et/ou de chevaux. Environ 36% de la SAU des exploitations impactées est cultivée en agriculture biologique, ce qui représente un pourcentage très élevé témoignant d’un engagement fort des agriculteurs de ce territoire vers des pratiques respectueuses de l’environnement. Six exploitations impactées en viticulture et en arboriculture sont toutes engagées en bio.

 

Comment peut-on raisonnablement accepter de ravager ces terres si précieuses pour la souveraineté alimentaire de notre territoire ? Prenons les exemples du Mas de la Ville, un collecteur historique de riz biologique en Camargue et du Mas Daussan, arboriculteur bio majeur sur le territoire qui, tous deux, et à juste titre s’interrogent sur “la compatibilité à venir d’une production bio à proximité immédiate d’une autoroute”. Quand on connaît les difficultés auxquelles sont confrontés les agriculteurs et agricultrices aujourd’hui et notamment celles et ceux qui pratiquent l’agriculture biologique, comment peut-on accepter de sacrifier ces efforts à la gourmandise d’un trafic mondialisé de marchandises sur camions?

 

 

 

Analyse des impacts hydrauliques

 

 

En Crau humide les cultures sont notamment rendues possible par un vaste réseau hydraulique qui permet l’irrigation des prairies par submersion. Compte tenu de la complexité du système de canaux et de la nécessité d’entretien des ouvrages, ce projet va dégrader un système agricole extrêmement fragile et bâti au fil des siècles. La nappe phréatique de Crau est intimement liée aux pratiques agricoles car alimentée à 70%par les canaux d’irrigation des prairies de Crau. D’Arles à Istres, plus de 270 000 personnes sont alimentées en eau potable via cette nappe phréatique. Alors que l’eau est déjà un enjeu majeur sur le territoire, faire peser une menace supplémentaire sur cette nappe est un non sens.La nappe de Crau est peu profonde et perméable, ce qui la rend particulièrement vulnérable. Elle présente un intérêt écologique majeur en plus de son rôle majeur pour l’alimentation en eau potable. De par sa taille et son emplacement, cette nappe a un fonctionnement spécifique et de nombreuses zones humides sont liées à elle. Le complexe hydraulique de la Crau, des marais de Raphèle (Meyranne, Chanoines) et des marais plus au sud possède de nombreuses interactions. Il est regrettable que ces interconnexions entre les zones humides de l’emprise du projet et celles en hors emprise mais en lien direct ou indirect n’aient pas été prises en compte dans l’étude d’impacts. Les impacts bruts pourraient être très forts sur la qualité des eaux souterraines et superficielles, en phase chantier (mise en suspension de particules fines, pollutions chimiques accidentelles) comme en phase d’exploitation. Les porteurs de projet prétend que le projet va permettre d’améliorer la qualité des eaux souterraines par la mise en place de bassins d’assainissement. Toutefois rien ne démontre le niveau de pollution actuel des eaux d’infiltration. L’affirmation semble trompeuse.

 

 

Concernant la compensation agricole des foins de Crau, c’est flou. Les chiffres présentés de la surface totale de culture de foin de Crau diffèrent des derniers rapport traités dans le groupe thématique “agriculture”, mais surtout les secteurs proposés pour compenser la culture de foin de Crau questionne. Sur les quatre sites retenus, trois sont sur Salon-de-Provence ou Grans, autant dire que les exploitants actuels ne pourront pas se porter candidats pour cultiver ces terres, vu la distance par rapport à leurs terres existantes.

 

Au regard des différents éléments que nous pointons, nous considérons que ce projet ne permettra pas le principe de zéro artificialisation nette ni ne permettra le principe de zéro perte nette de biodiversité. Comment imaginer que la construction d’une autoroute aux portes de la Camargue et de la Crau ne fera pas d’énormes dégâts sur la biodiversité ? Sur un territoire surnommé le «triangle d’or de la biodiversité», le tracé retenu passe à quelques centaines de mètres à peine du Parc Naturel Régional de Camargue. Certaines destructions concernant des espèces ou des milieux très rares et fragiles, ne sont pas « compensables » hors du territoire du site impacté. Comment compenser des zones humides au fonctionnement spécifique dépendantes de multiples facteurs ? De plus, concentrer les opérations de compensation sur les fonctionnalités écologiques les plus aisément reproductibles peut conduire à des pertes plus larges, car non identifiées. En outre, la biodiversité dite ordinaire est difficilement prise en compte par ce système de compensation. Enfin, l’approche via les services écosystémiques gagnerait à transparaître dans les méthodes d’évaluation. Le projet ne prend donc pas suffisamment en compte la biodiversité et ne respecte pas la ligne directrice n°2.

 

 

Conclusion

 

 

Alors que le projet est basé sur quatre objectifs et deux lignes directrices, à la lecture du dossier d’enquête publique, nous constatons que cette autoroute ne répondrait qu’à un seul de ces objectif, celui de contribuer à un réseau de transport national et européen au bénéfice des pôles économiques régionaux, en particulier du Grand port maritime de Marseille, ce que nous dénonçons depuis des années. Le projet ne résoudra pas les problèmes de circulation du quotidien pour les habitants d’Arles, de Saint-Martin-de-Crau ou du territoire qui doivent traverser Arles quotidiennement. Les reports de trafics engendrés par l’autoroute auront un effet non négligeable sur le centre-ville, de nombreux quartiers et Saint-Martin-de-Crau. Cette autoroute aura un effet néfaste en termes d’émissions de GES et évidemment impactera fortement les habitats naturels et la biodiversité. Nous nous opposons à ce projet et nous continuerons de le faire.

Vieux de près de trente ans, ce projet a empêché toute autre réflexion pour améliorer l’existant ou étudier un ensemble d’alternatives cohérentes. Car pour se passer de cette autoroute et améliorer la situation de l’axe actuel, ce n’est pas une seule alternative qu’il faut étudier, c’est un ensemble de mesures et d’aménagements locaux ou régionaux qu’il faut prendre. Pour cela, il faut accepter que cette autoroute ne soit pas la solution et travailler réellement avec la population locale sur d’autres possibilités. La dernière consultation publique date de fin 2020 et début 2021, en pleine période de COVID. Le comité de suivi ne s’est pas réuni depuis septembre 2022. Si les groupes thématiques ont eu deux ou trois réunions ces cinq dernières années, la population locale est restée écartée de toute information avant cette enquête publique. La lecture d’un dossier d’enquête publique de plus de 6000 pages n’est pas à la portée de tous. Initialement, cette enquête devait se dérouler sur un mois et sans réunion publique. Ce n’est que grâce à l’intervention de la commission d’enquête, dont nous saluons l’initiative, que deux réunions publiques ont pu avoir lieu.

 

Nous avons notamment été marqués par les prises de paroles de certains habitants ou agriculteurs et agricultrices, directement impactés par le projet qui faisaient part de l’absence totale d’informations ou de rencontres avec le porteur de projet depuis plusieurs années. Cela démontre le cynisme de la DREAL : travailler sur un projet qui va exproprier des personnes ou bouleverser leur vie professionnelle sans aller les rencontrer. Ce constat montre l’échec démocratique des cinq dernières années de ce projet. Cela montre aussi l’échec d’un fonctionnement et d’un monde, celui qui veut imposer des infrastructures mondialisantes pour continuer à développer une économie mondialisée. Celle-là même qui nous a mené dans la crise climatique que nous connaissons et dans les crises économiques que nous vivons régulièrement. Il n’y a pas que le projet autoroutier qui est à revoir, il y a aussi la méthode de le penser et de l’imposer.

Nous continuerons à lutter contre ce projet.

 

Mobilisation contre le contournement autoroutier d’Arles les 27 et 28 septembre 2025

Le collectif « En travers de la route » s’est constitué pour lutter contre le projet autoroutier d’Arles, défendre les terres naturelles et agricoles et promouvoir des alternatives pour répondre aux nuisances de la RN113. Le collectif est composé d’une dizaine d’associations et de mouvements locaux, qui ont décidé d’unir leurs forces face à ce projet. Alors qu’une enquête publique est prévue à l’automne, nous voulons sensibiliser la population locale aux impacts de ce projet.

 

Nous vous convions les 27 et 28 septembre prochain pour un weekend de mobilisation contre ce projet autoroutier.

 

Au programme, le samedi après-midi, des tables-rondes réunissant spécialistes, militants et acteurs locaux, des ateliers pour les grands et les petits, un espace buvette et une grande soirée musicale avec le concert de Fatum Fatras. Restauration sur place à prix libre. Vous avez la possibilité de camper sur place.

 

Rendez-vous le samedi 27 à Longo Maï au Mas de Granier à Saint-Martin-de-Crau. Accueil à partir de 13h30, début des débats à 14h.
Le dimanche matin, nous vous proposons de partir à la découverte du tracé, à pied, pour un cortège festif suivi d’un pique-nique tiré du sac.

 

Rendez-vous le dimanche 28 au Mas du Lion sur la route de Villevieille Crau, à Arles (Lat : 43,6475 Long : 4,6725), près de la Draille marseillaise, dès 9h30 pour un accueil autour d’un café et d’un petit déjeuner suivi d’ateliers créatifs.

 

Pour comprendre les impacts de ce projet autoroutier, nous vous invitons à visionner cette vidéo que le collectif a réalisé :
https://www.youtube.com/watch?v=IUY_zIuLpuY

 

Vous pouvez également consulter notre site internet : https://contournement-arles.fr

 

Enfin, si vous souhaitez nous aider à financer ce weekend vous pouvez apporter une participation libre ou un don, via la page HelloAsso de l’association Nacicca : https://www.helloasso.com/associations/nacicca/evenements/en-travers-de-la-route-1
(Toutes les associations membres du collectif sont composées de bénévoles et ne reçoivent aucune subvention)

Pour un autre projet de territoire – contribution au débat public Fos Berre Provence

En résumé

NACICCA interroge le projet de développement industriel et logistique de la zone de Fos Berre tel qu’il nous a été présenté au cours du débat public Fos Berre Provence un avenir industriel en débat.

En tant qu’association agréée à la protection de l’environnement, nous sommes inquiets de voir chaque jour disparaître toujours plus d’habitats, de paysages et d’écosystèmes accueillant des espèces pour lesquelles la région à une responsabilité de premier ordre, que ce soit au niveau national ou international. Le projet de développement industriel et logistique de la zone de Fos conduira à la destruction directe de plusieurs centaines d’hectares (Deos (80ha), Carbon (60 ha) GravitHy (75ha)  etc…). Preuve de l’impact de ces développement les services de l’Etat recherchent avec difficulté des surfaces de compensations de 2000 à 3000 ha dans la région. Or, nous dénonçons depuis longtemps l’inefficacité des mesures compensatoires qui ne sont jamais à la hauteur des destructions de la nature engendrées par l’artificialisation des sols.

Le développement qui nous est proposé est clairement insoutenable, consommateur de trop d’espaces et trop gourmand en énergie sans que les besoins aient vraiment été interrogés. Le chevelu d’infrastructures réseau (routes, autoroutes, ponts, pipeline, ligne très haute-tension) associé à ce projet causera des pertes d’habitats naturels et agricoles irréversibles et des mortalités massives chez les oiseaux migrateurs au droit de la réserve de Biosphère de Camargue.

Au lieu de s’appuyer sur un un projet de développement durable ambitieux pour enfin déployer une offre de transport maritime, ferroviaire et collectif digne de ce nom, ce projet sans cohérence globale dénote une absence de vision au dépens d’un avenir radieux pour ce territoire.

Fos-sur-Mer – Photo de La coccinelle sur Unsplash

 

Un projet d’un autre temps, qui ignore les défis du présent

 

NACICCA a été créée en 2007, initialement pour s’opposer à la destruction d’habitats naturels remarquables menacés par la construction d’un entrepôt logistique d’IKEA sur la commune de Saint Martin de Crau. Puis, NACICCA a défendu les espaces naturels remarquables de l’Etang du Caban contre un projet d’extension d’une darse dans la Grand Port Maritime de Marseille. Enfin, NACICCA a contraint Provence Grand Large à revoir sa copie et à proposer des mesures compensatoires pour tenir compte de l’effet de ses trois éoliennes en mer sur la mortalité attendue sur plusieurs espèces d’oiseaux.

NACICCA est une association qui défend depuis près de 20 ans la préservation de la nature et de la qualité de vie de la zone Crau Camargue Alpilles. Force est de constater qu’aujourd’hui nous sommes un peu dépassés par l’emballement de la machine à projets destructeurs, projets autoroutiers, parcs photovoltaïques, éoliennes en mer, entrepôts logistiques. Partout nous veillons au respect des engagements de l’Etat en matière de biodiversité, partout nous constatons l’absence d’une vision globale et cohérente du territoire avec pour conséquence un grignotage toujours plus rapide des derniers espaces préservés.

Durant ce débat public porté par la  CNDP, nous avons pu constater que le projet de développement logistique et industriel de la zone industrialo-portuaire (ZIP) de Fos s’appuyait toujours sur le même logiciel obsolète et dépassé, grignotage de terres, priorité à la route et aux camions ou datacenters qui justifient des offres électriques pharaoniques vendues comme réponse à des besoins de décarbonation. Jamais n’est posée la question des réels besoins énergétiques, des réels besoins de production. Nulle part on ne nous montre comment l’électrification et la décarbonation pourraient contribuer à la sobriété, c’est-à-dire à une diminution globale de la demande en énergie.

 

Le problème de l’appréciation des impacts cumulés

 

Ce débat public a été souhaité pour pouvoir mesurer et évaluer l’ensemble des impacts de la totalité des projets industriels et d’infrastructures autour de la zone industrialo-portuaire de Fos. Car il est essentiel que ces dizaines de projets soient évalués ensemble pour apprécier leurs multiples impacts environnementaux et sociaux sur les territoires concernés. Malheureusement ce débat n’a pas apporté les éléments nécessaires pour évaluer les impacts cumulés. Environ un tiers des projets seulement présentent des données permettant une étude partielle de ces impacts cumulés. Lors de l’atelier du 18 juin à Fos-sur-Mer sur les “risques – environnement – santé”, de très nombreuses questions sont restées sans réponse : total de surface consommée directe et indirecte, détail de la nature de ces surfaces, consommation en eau, impact sur la nappe phréatique de Crau, impacts globaux sur la biodiversité, impact sur le trafic routier actuel, impact sur les rejets industriels et la pollution de l’air,… alors que l’étude de ces impacts cumulés représentait le coeur de ce débat public, nous ne pouvons qu’être déçu de n’avoir aucune réponse probante. Les industriels et les services de l’État sont aujourd’hui dans l’incapacité de nous dire quels seront les impacts des ces dizaines de projets sur les milieux naturels, les terres agricoles, la ressource en eau, la qualité de l’air ou même les paysages et l’habitat. Ils n’ont pas sû répondre aux attentes des populations locales.

 

Le problème des mesures compensatoires

 

Une difficulté majeure de ce débat a été pour NACICCA d’essayer de comprendre ce que l’ensemble des ces multiples projets industriels allaient représenter de façon précise en termes de surface de milieux naturels et agricoles impactés. Il semble que les services décentralisés de l’Etat recherchent aujourd’hui avec difficulté des surfaces de compensations (possiblement sous forme de SNCRR) de 2000 à 3000 ha dans la région. On lit dans des déclarations du préfet de région que “les zones humides à restaurer ne manquent pas”, sous-entendant que ces projets seraient une opportunité pour la conservation de la nature. Notre lecture de ces déclarations est que l’Etat acte une compensation au rabais qui, au contraire de desartificialiser des zones bétonnées pour de véritables gains de nature, se contenterait d’améliorer à la marge l’état de certaines zones humides alors que les destructions, elles, seront définitives. Pourtant des études scientifiques ont par exemple montré que sur 621 zones humides restaurées et suivies à travers le monde, même un siècle après les efforts de restauration, leur structure biologique et leur fonctionnement biogéochimique sont restés en moyenne 26 % et 23 % plus bas, respectivement, que dans des zones humides naturelles utilisées comme point de comparaison. En d’autres termes, la nature ne se restaure pas facilement et priorité doit être donnée à l’évitement. Ce constat devrait nous amener à imaginer des ratios de compensation beaucoup plus élevés que ceux proposés actuellement (2 ha de compensation seulement pour 1 ha détruit). Ce besoin est exacerbé par le traitement à la découpe des mesures compensatoires qui ne prend jamais en compte les effets cumulés des projets. Faute d’économie drastique sur les surfaces à artificialiser pour ces projets, des surfaces colossales devront être trouver pour la compensation si on ne sous estime pas les ratios. A noter que la création d’un SNCRR (évoqué dans la fiche de l’état sur les mesures compensatoires) ne résout en rien le risque de sous estimation des ratios, preuve en est les difficultés de la CDC Biodiversité à vendre des unités de compensation alors que les projets logistiques en sa périphérie ont fleuri. NACICCA s’oppose de longue date à la compensation par l’offre telle que promue par l’Etat ici, notamment du fait que cette commodification de la nature, loin de la préserver, participe à sa destruction.

Nos propositions alternatives

 

Pour la zone industrielle de Fos, nous regrettons que le processus de concertation n’ait pas pris comme point de départ les besoins des habitants en ce qui concerne l’amélioration de leur cadre de vie, l’amélioration de leur environnement, qualité de l’eau et de l’air, et la diminution du risque sanitaire des industries sur les populations. De ce type d’approche “bottom up” aurait pu émerger des projets industriels qui ne soient pas gouvernés de façon “top down” par la compétition internationale du capitalisme financier. On aurait alors pu proposer des projets propres à répondre aux besoins réels des populations et pas ficelés pour satisfaire les désirs des investisseurs du CAC 40.

La question des transports est symptomatique de cette différence entre besoins des uns et désirs des autres. Les projets de transports proposés sont des autoroutes : Martigues – Port-de-Bouc, Fos – Salon ou encore au sud d’Arles. Mais à qui cela va-t-il profiter ? Aux investisseurs de la logistique et non aux populations locales. Alors que de nombreux élus parlent de routes saturées, aucun plan ambitieux de transport public n’a été présenté. Le transport ferroviaire a été oublié. La part proportionnelle du fret dans le transport de marchandises fait du surplace. Faire croire aux usagers qu’une autoroute va résoudre la fluidité du trafic routier est une réflexion du passé, de nombreux travaux scientifiques ont abordé ce sujet ces dernières années.

Prenons l’exemple du contournement  autoroutier d’Arles, sur lequel NACICCA a beaucoup travaillé en lien avec le collectif “En travers de la route”. Aucun aménagement sur les infrastructures existantes n’a été réalisé ces vingt dernières années pour améliorer la situation, alors que plusieurs décisions nationales ou aménagements locaux pourraient être pris. Nous proposons de mobiliser des financements massifs pour développer des outils efficaces de transport ferroviaire, fluvial et du cabotage entre les ports de Méditerranée (avec la SNCF/RFF, le Port d’Arles et le Grand Port Maritime de Marseille). L’Etat, le département et la région devraient investir également dans le développement du transport collectif entre les villes voisines (avec des plateformes de covoiturage (ex : bus direct inexistant entre Arles et Fos-sur-Mer). Nous invitons l’ACCM à mettre en œuvre sans tarder son plan vélo avec des incitations fortes pour l’utilisation de transport décarboné. Concernant la réduction des nuisances sur la RN113. Nous souhaitons que soit étudié l’aménagement du rond-point du Vittier et des autres échangeurs en traversée  d’Arles, la construction de passerelles, la construction d’un raccordement entre Barriol et Fourchon, la réduction de la pollution sonore (limitation de vitesse, revêtement adapté, protections supplémentaires), des voies plus différenciées (marquage et vitesse) et la possibilité d’encapsuler une partie de la section passant au coeur d’Arles comme cela se fait à bien des endroits.

Nous rappelons que la continuité autoroutière entre l’Espagne et l’Italie existe, elle passe par l’A9 puis l’A7 au carrefour d’Orange. Alors que la RN113 au droit d’Arles est empruntée par 10700 poids lourds par jour (étude TransMobilité  2025), 4100 de ces camions vont ou arrivent d’Espagne, traversant le pays pour amener des légumes espagnols en Europe. Ces 4100 poids-lourds n’ont rien à faire sur nos routes. Le fret ferroviaire pour les trajets internationaux doit être mis en place. En février 2023, Mme Elisabeth Borne, alors Première Ministre, avait annoncé un grand plan ferroviaire, en particulier pour le transport de marchandises, où est ce plan aujourd’hui ? L’État doit avoir une vision à long terme et promouvoir un projet de circulation routière, ferroviaire et fluvial du 21ème siècle et ne pas cautionner un projet du siècle passé, basé sur le tout camion.

Pour la THT, là aussi, nous nous appuyons sur le collectif STOP THT pour soutenir l’étude de solutions alternatives incluant l’option suivante : une ligne 2GW enterrée et enfouie dans le Rhône entre Jonquière et Fos et une ligne maritime 2GW de Fos à La Narbonnaise, projeté par RTE il y a quelques années, via le projet Midi-Provence.

Au sein de ce collectif nous défendons l’idée qu’avant tout devraient être mieux évalués les besoins réels du territoire qui justifient cette nouvelle offre électrique. Nous nous interrogeons notamment sur les besoins en énergie électrique censés justifier la création de cette ligne THT. Alors que depuis plusieurs mois l’État et RTE prônent cette ligne pour décarboner les industries de la ZIP de Fos, la présentation du 20 mai à Saint-Martin-de-Crau nous a appris que sur les 7000 MW de demandes de raccordement, seulement 1200 MW étaient pour décarboner les industries existantes. Pire, la même demande de 1200 MW concerne l’installation de datacenter. Près de 2000 MW sont prévus pour des projets d’hydrogène et autant pour la “réindustrialisation”. La réelle décarbonation de l’existant et des transports régionaux ne représente même pas un tiers des demandes de raccordement. Dès lors, il est légitime de se poser la question, est-on sur un mensonge pour justifier cette ligne THT ? Elle n’est nullement pour décarboner, mais pour faire venir de nouvelles industries, soit à la technologie immature (hydrogène), soit à l’état de start-up. Bref, de l’hypothétique et de la fuite en avant technologique. Et pour cela, l’État est prêt à sacrifier les territoires de Camargue, de Crau et de Terre d’Argence, reconnus pour leur biodiversité exceptionnelle, leurs paysages et leurs agricultures. Nous ne pouvons qu’être contre ce projet de ligne THT, qui ne ferait que détruire et broyer : détruire du vivant et broyer de l’humain.

Alors que RTE a choisi un fuseau dit de “moindre impact”, notre association a réalisé à l’automne et à l’hiver dernier des comptages d’oiseaux simultanés sur l’ensemble de ce fuseau afin de mettre en lumière la multitude de déplacements quotidiens des oiseaux au sein de ces territoires. Les résultats sont édifiants. Le 26 janvier 2025, en seulement 3h30 d’observation c’est un total de 26 712 individus de 33 espèces différentes, principalement protégées, qui a été recensé. Nous vous laissons imaginer sur une année entière, en prenant en compte les mouvements migratoires, le nombre que cela représente. On parle en millions de déplacements d’oiseaux en Camargue. Mettre une ligne THT dans ces territoires est un non-sens total. La décarbonation ou ce qui s’y apparente, ne peut se faire au détriment de la biodiversité. Nous joignons à cette contribution les résultats de ces comptages.

 

Conclusion

Si NACICCA a apprécié l’opportunité offerte par la  CNDP d’interroger non pas des projets industriels mais un projet territorial, nous avons été également extrêmement frustrés de voir des pans entiers de ce débat passer à la trappe au détriment de discussions économiques industrielles. Sous prétexte de décarbonation et d’économies “vertes” le modèle consumériste et productiviste dans lequel nous sommes n’a pas été débattu. Pourtant, quelques années après une pandémie mondiale mettant nos économies à l’arrêt, débattre de la sobriété et de nos modes de productions aurait dû être une porte d’entrée de ce débat. Malheureusement, services de l’État et industriels étaient main dans la main pour promouvoir des projets industriels avec comme seules préoccupations la compétitivité ou l’attractivité économique de la région, voire de la France. Faisant fi des questions environnementales, sociales ou agricoles. Les différents débats n’ont pas permis d’interroger le sens que l’on donne aux activités humaines. La décarbonation, l’emploi, la compétitivité, ces concepts sont creux si on ne sait pas pour quel projet de société ils sont mobilisés.

Il ressort de notre analyse un manque crucial de vision, notamment sur le développement et l’organisation des mobilités et des transports dans une zone ou la gestion des flux ne pourra reposer indéfiniment sur le tout camion, et sur les impacts cumulés de tous ces projet sur ce qu’il reste des écosystèmes et de la biodiversité exceptionnelle de ce territoire. Nous avons la désagréable impression que ce sont les territoires de Crau, de Camargue et de Terre d’Argence qui doivent s’adapter aux industries et aux infrastructures réseaux, alors que ça devrait être l’inverse. Nous continuerons à défendre ces territoires, leurs paysages, leurs agricultures et leurs biodiversités .

 

Dimanche 1er octobre – Rassemblement « En travers de la route »

Grande journée de contribution artistique au projet En travers de la route, dimanche 1er octobre à partir de 10h.

Nous invitons toutes celles et ceux qui aiment dessiner, peindre, graver, photographier, filmer, écrire, prendre du son, ou témoigner de toute autre façon, à portraiturer, fragment par fragment, toutes les formes de vies et de paysages qui se déploient sur ce tracé, et que nous souhaitons célébrer et préserver ensemble.

Enquête publique relative au Contournement Ouest de Nîmes

Toutes deux opposées au projet de contournement autoroutier d’Arles, les associations NACICCA et Changeons d’Avenir sont très sensibles et suivent avec attention le projet de Contournement Ouest de Nîmes, maillon supplémentaire d’un réseau autoroutier et routier qui cherche à croître depuis les infrastructures portuaires du Grand Port Maritime de Marseille.

A la lecture du dossier d’enquête publique on devine rapidement que le projet du Contournement Ouest de Nîmes (CONIMES) a été conçu au courant du siècle dernier par ses promoteurs pour accélérer le transit routier Nord Sud à travers le département du Gard, et en particulier le transport de marchandises, en imaginant y attirer les flux issus de l’axe international que représente l’A9.

De nombreuses propositions alternatives pour développer une mobilité durable au sein de l’agglomération sont pourtant sur la table, et les associations locales sont prêtes à contribuer à leurs réalisations. Malheureusement ces solutions ont été balayées du revers de la main par la DREAL.

Nous pouvons citer évidemment l’amélioration des croisements existants entre RN106 et D40, entre RN106 et RN113, qui sont tous deux les points noirs de circulation. D’autres exemples comme l’amélioration de la desserte ferroviaire entre Alès et Nîmes, la
réutilisation de la plateforme de la voie ferrée Nîmes Sommières, l’amélioration des transports en commun au sein de l’aire urbaine de Nîmes.

Réponse aux questions des candidats à la 16ème circonscription des Bouches-du-Rhône aux élections législatives de 2022


Les candidats à la 16ème circonscription des Bouches-du-Rhône aux élections législatives de 2022 ont été interrogés sur six thèmes: Energie, Transport, Economie, Industrie, Agriculture et Biodiversité par six associations du territoire (NACICCA, AGIR POUR LA CRAU, LES FLAMANTS ROSES DU TRÉBON, ACEN, CHANGEONS d’AVENIR et le collectif Camarguais pour le maintien du Bac à Salin de Giraud). Ce questionnaire a été transmis le 3 juin aux candidats par mail personnel lorsque celui ci a été trouvé, par mail aux délégations régionales des partis ou les sites internet des partis dans le cas contraire. Le questionnaire a ensuite été publié dans la Provence le 5 juin.  Des candidats nous ont fait part qu’ils n’avaient cependant pas reçu l’information préalablement et nous nous en excusons. Néanmoins nous considérons que tous les candidats ont pas pu avoir accès à ce questionnaire par un moyen ou un autre.


Nous avons reçu trois réponses : Le Parti Animaliste représenté par Monsieur Cesari, la NUPES représentée par Monsieur Caillault, le NPA représenté par Madame Pasquini. Nous considérons que l’absence de réponse des autres candidats démontre au mieux une certaine désinvolture sur ces sujets, mais plus certainement l’absence d’intérêt pour ces questions ou au moins pour les associations qui les posent.


Les six thèmes proposés sont des transcriptions locales fortes des enjeux nationaux. La crise de la COVID, la guerre en Ukraine et ses conséquences directes et indirectes ne sont que deux éléments parmi d’autres de crises à intégrer dans la réflexion. Les grands bouleversement géopolitiques qui sont à l’oeuvre, l’influence grandissante de certains états notamment en Afrique ou en Asie, et les nouvelles alliances internationales qui se dessinent vont avoir un impact fort sur notre mode de vie : énergie, agriculture, ressource en eau, souveraineté alimentaire, disponibilité des matières premières, commerce international, changements des lieux de production. Tout cela dans un contexte de crise environnementale majeure : crise de la biodiversité et changements climatiques.


Nous recommandons vivement à tous de lire attentivement les réponses des candidats pour se faire une idée la plus précise possible des positions de chacun. Ces réponses sont disponibles ci dessous

Conclusion


Nous regrettons le faible taux de réponse à ce questionnaire (3 candidats sur 10) qui nous aurait permis de confronter plusieurs visions et d’informer les adhérents et les citoyens de la politique qui allait être menée par notre futur.e député.e sur ces enjeux cruciaux pour la nation et pour notre territoire. Malgré les discours de leurs représentants nationaux, ce questionnaire montre que l’intérêt de la plupart des candidats est ailleurs et qu’ils n’ont toujours pas saisi l’urgence à s’emparer de ces sujets environnementaux.

ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DE NACICCA : 15 ANS ET TOUJOURS LA !

Ce samedi 12 mars 2022, s’est tenue l’Assemblée Générale de Nacicca. Une journée d’échanges, de débat et d’engagements autour de nombreux dossiers impactant nos vies et nos territoires.

Protocole oblige, la matinée a été consacrée à l’exercice classique du passage en revue du rapport financier et moral de l’association. Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’année 2021 fut très chargée et que notre motivation est restée intacte, face à des dossiers, qui pour certains, durent depuis plusieurs années.

Il en est ainsi, par exemple du « PLU de Saint-Gilles », du projet de parc photovoltaïque de « Font-de-Leu », du parc éolien « Provence Grand Large », ou des « entrepôts logistiques en Crau ».

LE COVID N’A PAS ARRÊTÉ LES PORTEURS DE PROJETS ÉCOCIDES

Nos idées, positions et arguments ont passé le carcan obligatoire du confinement pour venir heurter les sensibilités des citoyens, du politique et de l’économique.

Nacicca a, une fois de plus, donné de la voix et à réfléchir sur 2 dossiers emblématiques : le « pont de Barcarin » et les projets de méthanisation en Camargue (Méthacam) et en Crau (Ligno).

TEMPS FORT AUTOUR DU COLLECTIF « ANTI-CONTOURNEMENT AUTOROUTIER D’ARLES »

A l’invitation de Nacicca, une partie des représentants de ce collectif inédit rassemblant associations environnementales, professionnelles, scientifiques, politiques et de riverains sont venues s’exprimer le « serpent de mer arlésien ».

Les uns à la suite des autres, tous les arguments défavorables à ce projet ont été égrenées sous les incantations et les applaudissements d’une centaine de personnes venues pour l’occasion :

→ ce contournement ne résout en rien pas les problèmes de pollution et de circulation. Au contraire, il créé 2 tronçons autoroutiers de 40.000 véhicules par jour sur notre territoire.

→ il est contraire aux engagements de l’Etat en matière de réduction des GES.

→ il se situe en tête de Camargue, près d’une réserve reconnue mondialement pour sa richesse écologique et économique.

→ il détruit entre 300 et 400 ha de terres agricoles, sapant un peu plus notre souveraineté alimentaire

→ il sera construit en zone inondable sur la base de remblais dont nous supposons, d’ores et déjà, que les contenus seront susceptibles d’empoisonner la nappe phréatique de Crau.

Les représentants de Nacicca, Agir pour la Crau, France Nature Environnement Bouches-du-Rhône, Arles Camargue Environnement Nature, la Tour du Valat, la Société Nationale de Protection de la Nature, le Collectif des Riverains de Pont-de-Crau, EELV Pays d’Arles, Changeons d’Avenir.

Pour la circonstance, la parole a été donnée à l’association les Flamants Roses du Trébon qui mène un combat sans merci contre le plus gros pollueur du Rhône, l’usine Fibre Excellence Tarascon.

VISITE DES LAURONS MENACÉS PAR LE CONTOURNEMENT

Considérant que de nombreuses personnes évoquent le tracé du contournement sans véritablement savoir où il passe, nous nous sommes rendus en visite guidée sur des « laurons » possiblement impactés par le tracé de l’autoroute.

La particularité des marais visités est qu’ils sont alimentés par les résurgences de la nappe de Crau, localement appelés « laurons ». Ces résurgences ont une morphologie singulière : ce sont des puits naturels à travers les limons et les tourbes et ouverts sur les cailloutis de la Crau. Ces derniers apportent donc l’eau de la nappe de Crau en continue dans ces marais. C’est une eau douce, claire et qui reste plutôt fraîche toute l’année et qui, rappelons-le, alimente en eau potable plus de 270.000 personnes. Ce sont ces caractéristiques qui ont permis le développement d’espèces végétales au sein des marais.

Pour conclure cette journée, Nacicca invite tous les participants à la journée européenne pour la reconnaissance des écocides le dimanche 20 mars 2022.

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PLUS D’INFOS

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→ BFM Marseille (02.02.22)

CONTOURNEMENT AUTOROUTIER D’ARLES : AVIS TRES RESERVÉ DE L’AUTORITÉ ENVIRONNEMENTALE

Le 27.01.22, l’autorité environnementale du Conseil Général de l’Environnement et du Développement Durable a rendu son avis sur la demande de cadrage préalable du contournement autoroutier d’Arles. Il est très réservé et va dans le sens des craintes et des aberrations pointées par les différentes associations.

AVIS DE L’AUTORITÉ ENVIRONNEMENTALE

Le choix de la variante VSV (Sud Vigueirat), considéré comme acquis dans le dossier, a été fait en 2005. Il n’intègre pas les évolutions environnementales notables pas plus que celles du cadre législatif et réglementaire intervenues depuis. (p21)

NOTRE ANALYSE

Le tracé retenu a donc maintenant plus de 17 ans. Il en aurait sans doute 20 ou 25 au démarrage des travaux. Soit dans un contexte urbanistique, environnemental, politique et territorial très différent de ce qu’il est aujourd’hui. Ce projet tourne le dos à un modèle de développement économique ignorant nos limites sociales et environnementales et ne permet pas que notre territoire s’inscrive dans une véritable transition écologique et solidaire.

AVIS DE L’AUTORITÉ ENVIRONNEMENTALE

Ainsi, il est patent que cette variante est quasi intégralement en secteur d’aléa inondation fort et en partie dans un site Natura 2000.  (p21)

NOTRE ANALYSE

Le tracé retenu a donc maintenant plus de 17 ans. Il en aurait sans doute 20 ou 25 au démarrage des travaux. Soit dans un contexte urbanistique, environnemental, politique et territorial très différent de ce qu’il est a

La zone d’étude et le périmètre du projet sont fortement concernés par le risque d’inondations :

  • inondations par le Rhône et ses deux bras, en fonction de l’événement concerné et du comportement des digues le long du Rhône, du Grand Rhône et du Petit Rhône ;
  • arrivées d’eau depuis les petits bassins des Alpilles, et notamment suivant les canaux passant entre le centre d’Arles et le Grand Rhône ;
  • remontées de nappe ;
  • effet du niveau de la mer qui notamment agit sur les débordements de canaux ;

Les trois secteurs ouest du projet, Tête de Camargue, Plan du Bourg et Draille Marseillaise, sont presque entièrement localisés en zone d’aléa fort du PPRI d’Arles, approuvé le 3 février 2015.

Quels risques va-t-on faire courir à ces populations ?

AVIS DE L’AUTORITÉ ENVIRONNEMENTALE

Il importe que la future étude d’impact restitue le cheminement du projet, ainsi que la succession des choix (fuseaux et tracés, alternatives modales, partis pris techniques et notamment le passage en remblai), avant de présenter la comparaison profondément complétée de toutes les variantes de fuseaux ou familles de variantes (y compris options d’aménagement sur place), au regard de leurs incidences en particulier environnementales, pour justifier de l’utilité publique et des raisons impératives d’intérêt public majeur qui fondent les décisions administratives sollicitées par la maîtrise d’ouvrage. Une éventuelle dérogation aux règles générales applicables requerra des motivations particulièrement solides. (p21)

NOTRE ANALYSE

La présence de nombreuses espèces protégées devrait conduire le porteur de projet à déposer un dossier de demande de dérogation à la protection stricte des espèces et de leur habitat naturel.

La raison impérative d’intérêt public majeur du projet devra être démontrée. Nous avons démontré à plusieurs reprises que ce projet ne résout en rien la problématique de pollution de l’air car il ne fait que déplacer le problème en créant un tronçon autoroutier et un boulevard urbain dont le trafic est estimé à celui de la moyenne d’un tronçon autoroutier français (40.000 véhicules par jour). Le motif de santé publique invoqué est donc fallacieux, tout comme ceux des arguments économiques ou environnementaux.

AVIS DE L’AUTORITÉ ENVIRONNEMENTALE

La maîtrise d’ouvrage propose de considérer que le projet routier et le projet « territoire » ne constituent pas un projet unique ; néanmoins, pour l’Ae, au vu des informations rappelées ci-dessus (§ 3.1), le projet « territoire » doit être considéré comme un effet induit par le projet et dont les incidences doivent être considérées dans tout le dossier comme des incidences indirectes du contournement. (p35)

NOTRE ANALYSE

Le projet de contournement autoroutier ne peut être envisagé de manière déconnecté de celui de requalification de la RN113 en boulevard urbain porté par la ville d’Arles.

Ce dernier constitue un effet induit du premier. Ces incidences qui vont venir se cumuler seront des incidences indirectes du contournement autoroutier.